ANALYSES

Visite de Xi Jinping au Royaume-Uni : rêves croisés de grandeur

Tribune
22 octobre 2015
La visite de quatre jours au Royaume-Uni du Président chinois Xi Jinping, ponctuée de cérémonies et de rencontres avec la Reine Elizabeth et le Premier ministre David Cameron, offre un intéressant spectacle de rêves croisés de grandeur. Côté chinois, c’est ce « rêve chinois » tel que présenté, mais jamais vraiment explicité par Xi, qui est une nouvelle fois mis en avant, avec pour objectif de montrer aux Chinois que leur pays est désormais sur le devant de la scène, et que les autres puissances rivalisent de faveurs à son égard. La personnification de ce voyage par le Président chinois est également intéressante à relever. Xi Jinping et son épouse Peng Liyuan séjourneront ainsi au palais de Buckingham en tant qu’hôtes de la reine Elizabeth, qui donnera un banquet officiel en leur honneur. Un tapis rouge déployé qui n’est pas sans rappeler la visite du Château de Versailles en marge des commémorations du cinquantième anniversaire des relations franco-chinoises, et semble s’inscrire dans la volonté de Xi d’apparaître comme une sorte de nouvel empereur de Chine. Un rêve de grandeur de la Chine, mais aussi de son dirigeant, qui masque difficilement les problèmes économiques et sociaux que connait actuellement ce pays, et que Xi lui-même ne peut qu’admettre. Aussi faut-il voir dans cette visite, au-delà des symboles, une volonté de relancer une croissance économique grippée. Un objectif d’autant plus entendu qu’il converge avec les attentes de Londres.

Côté britannique, c’est en effet un rêve de grandeur passée qui s’exprime à l’occasion de cette visite, la première d’un dirigeant chinois au Royaume-Uni depuis une décennie. Actuellement très isolé au sein de l’Union européenne au point de voir son influence faiblir, et empêtré dans un Brexit que Cameron n’avait sans doute pas prévu de devenir un handicap plus qu’un atout, le Royaume-Uni a besoin de la Chine. Au point d’en rajouter un peu quand le Premier ministre annonce que « je pense que c’est aussi une grande victoire pour la Chine d’avoir accès à un pays qui est un membre de premier plan de l’UE et qui jouit de nombreux autres contacts et rôles à travers le monde ». Un besoin de reconnaissance comme l’un des principaux partenaires européens de Pékin, un besoin d’investissements aussi. Cameron a compris que la baisse de la croissance chinoise se traduit par une hausse des investissements de la Chine à l’étranger, avec pour objectif de la relancer. Pékin multiplie ainsi les investissements dans les infrastructures, et Londres y voit une opportunité de servir sa propre croissance, qui reste très fragile. C’est sans doute cette dynamique qui a justifié le choix du Royaume-Uni de rallier l’AIIB (Banque asiatique d’investissements dans les infrastructures), avant les autres pays européens, et contre les recommandations de Washington. Londres a volontairement pris les devants pour afficher ses ambitions d’une coopération élargie avec la Chine, et avec comme objectif de bénéficier des investissements chinois au même titre que les pays en développement.

Notons enfin que la question des droits de l’Homme est, comme de coutume désormais lorsque le dirigeant chinois est en visite officielle, totalement absente des discussions. Lors d’une visite en Chine le mois dernier, le ministre britannique des Finances, George Osborne, avait d’ailleurs annoncé la couleur en s’efforçant de convaincre les entrepreneurs chinois d’investir au Royaume-Uni tout en ayant, selon l’expression dûment choisie par les médias chinois, la « bienséance » de ne pas insister sur les droits de l’Homme.
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