ANALYSES

Israël-Palestine : se dirige-t-on vers une nouvelle Intifada ?

Interview
5 octobre 2015
Le point de vue de Pascal Boniface
Le drapeau de la Palestine flotte désormais au siège de l’ONU. Au-delà du symbole, peut-on encore croire à la création d’un Etat palestinien ? Que fait la communauté internationale ?
Le fait que le drapeau palestinien flotte au siège de l’ONU peut représenter une satisfaction morale pour ceux qui soutiennent cette cause. Cela permet de faire et de diffuser de belles photos, mais cela ne change toutefois absolument rien à la situation générale, qu’il s’agisse en l’occurrence de l’adhésion de la Palestine à l’ONU en tant qu’État de plein exercice, ou plus encore à la situation sur place de l’occupation et de la constitution d’un État qui aurait les moyens de la souveraineté. C’est un succès symbolique mais il s’agit probablement d’un arbre qui cache la forêt. En effet, cela n’a aucun impact quant à la réalité du conflit et au rapport de force général. Israël n’a d’ailleurs pas réellement protesté, tandis que quand il était question de l’adhésion de plein droit de la Palestine à l’ONU, on a assisté à une campagne israélienne intense à l’encontre de cette initiative.

Mahmoud Abbas a affirmé, la semaine passée à l'ONU, ne plus se considérer lié par les accords antérieurs avec les Israéliens. Les accords d’Oslo sont-ils morts ?
Il est difficile de savoir dans quelle direction Mahmoud Abbas veut aller. Certains pourront dire que les accords d’Oslo sont morts depuis déjà longtemps. Quoi qu’il en soit, ces accords n’ont pas donné les fruits qu’ils étaient censés donner. Par rapport aux immenses espoirs qu’ils avaient suscités, ils ont tous été déçus. Ceux qui comme Sharon et Netanyahu les avaient condamnés, ont gagné la partie car ils n’ont pas été mis en œuvre. Mahmoud Abbas ne fait que la moitié du chemin en ne déclarant pas ses intentions. Va-t-il cesser toute coopération avec Israël, dénoncer les accords sécuritaires, dissoudre l’Autorité palestinienne ? Lui qui depuis vingt ans a suivi la voie de la négociation, jusqu’ici sans récompense, voit sa stratégie remise en cause. En Palestine, il symbolise un pouvoir vacillant, de moins en moins légitime en interne. Il n’y a d’ailleurs pas eu depuis 2006 d’élections pour le relégitimer. Cela donne l’impression d’un gouvernement à vue dont le représentant ne sait pas lui-même quelle voie adopter, celle de la négociation et de la confiance dans la communauté internationale n’ayant pas abouti.

Au regard de la résurgence et de l’amplification des tensions à Jérusalem puis en Cisjordanie, certains Palestiniens, ainsi que l’opposition israélienne, ont évoqué le danger d’une troisième Intifada. Ce scénario est-il envisageable ?
L’histoire ne se répète pas toujours mais ce qui est à craindre est une reprise des violences. La question n’est pas de savoir si elles vont reprendre mais plutôt jusqu’où vont-elles s’amplifier. Ce résultat est l’absence de toute perspective politique. Israël va accentuer la répression pour punir et se venger des assassinats. Il faut craindre la mise en place d’un engrenage, dont on ne peut pas réellement connaître les conséquences. S’agira-t-il d’une stratégie de coordination avec des attentats suicide ou bien d’actes de violence isolés et individuels ? Si le moment religieux a contribué au regain des tensions, il y a fort à parier que l’engrenage de la violence ne va pas s’arrêter. Nous semblons rentrer dans une situation où plus grand monde n’exerce un contrôle politique, tant du côté palestinien qu’israélien. La bride semble être lâchée sur la violence qui vient.
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