ANALYSES

Élection régionale en Catalogne : un défi démocratique et institutionnel espagnol

Interview
29 septembre 2015
Le point de vue de Jean-Jacques Kourliandsky
Quelle lecture faites-vous des résultats de l’élection régionale qui vient de se tenir ce 27 septembre en Catalogne ? Quelles en seront les conséquences ?
Ces élections cristallisent l’impasse dans laquelle se trouve la situation politique catalane. Les initiateurs de la consultation parlementaire à caractère plébiscitaire, le gouvernement de Catalogne, et la coalition indépendantiste de droite et de gauche, « Ensemble pour le oui », ont obtenu une victoire pyrique. La liste « Junts pel el si », est en tête mais a perdu des voix et des sièges. Le résultat final, même si l’on inclut la CUP, une formation indépendantiste anticapitaliste qui se situe en dehors de cette coalition, n’atteint pas les 50%. De ce point de vue, c’est un échec mais qui a toutefois consolidé le bloc indépendantiste et va crisper la situation catalane, d’autant plus qu’il y a des élections générales en Espagne au mois de décembre. Cette échéance ne va pas faciliter la recherche d’un compromis. Elle va renforcer tant la coalition indépendantiste dans ses convictions que le discours fermé du gouvernement espagnol qui s’appuie sur le strict respect de la Constitution. Jusqu’au mois de décembre, on devrait assister à un face-à-face de plus en plus tendu entre Madrid et Barcelone.

On observe une rupture de dialogue entre le pouvoir madrilène et Barcelone depuis maintenant plus de deux ans. Quelle est la stratégie de Madrid face aux volontés indépendantistes de la Catalogne et avec quels résultats ?
Le gouvernement de Madrid porte une grande responsabilité dans l’impasse dans laquelle se trouve aujourd’hui la Catalogne et sa relation avec l’Espagne. En 2006, un statut d’autonomie renforcée élaboré par une partie de ceux qui sont aujourd’hui indépendantistes (la gauche républicaine) avec les socialistes et communistes catalans, les verts, donnait des compétences élargies à la région et reconnaissait à la Catalogne le caractère de nation. Le Parti Populaire qui est actuellement au pouvoir à Madrid, avait contesté ce statut en saisissant le tribunal constitutionnel qui l’avait purement et simplement annulé. Le dialogue avait été rompu entre Madrid et Barcelone.
Après les élections régionales catalanes de 2010, et les générales de 2011, le Parti Convergence et union arrivé en tête, non indépendantiste à l’époque, avait sollicité le gouvernement de Madrid pour demander des facilités fiscales et la possibilité de transférer moins d’argent de la Catalogne vers les régions les plus défavorisées d’Espagne via Madrid. Le gouvernement de l’époque, dirigé par Mariano Rajoy (PP), avait refusé ce type de compromis, faisant basculer le Parti Convergence et union et son chef Arthur Mas dans l’indépendantisme.
Aujourd’hui, le gouvernement de Madrid est arcbouté sur le strict respect de la constitution qui interdit toute démarche indépendantiste. Il est fermé à tout dialogue qui permettrait de rechercher un compromis passant par un élargissement des compétences de la région catalane. Face à cette intransigeance, le gouvernement de Barcelone a raidi son discours indépendantiste. Le résultat est l’impasse actuelle dont témoigne l’élection parlementaire à caractère plébiscitaire qui a été organisée le 27 septembre.

La Catalogne se dirige-t-elle vers une sécession et avec quelles conséquences ? Des compromis sont-ils encore possibles pour que la Catalogne reste unifiée à l’Espagne ?
La sécession n’est légalement pas possible car la Constitution espagnole l’interdit. Une expérience identique au Pays Basque il y a quelques années avait été bloquée par le gouvernement de l’époque et le tribunal constitutionnel. Il est probable que toute démarche allant vers une sécession suivrait le même scénario en ce qui concerne la Catalogne.
Cela étant, si l’on regarde ce qui s’est passé en Europe depuis une trentaine d’années, deux cas de figure sont observables : celui de l’ex-Yougoslavie où, par la voie de la guerre, un certain nombre de composantes d’un État sont devenus indépendantes. Ce n’est pas la voie privilégiée par les différents acteurs de la crise catalane. L’autre cas est celui d’un accord à l’amiable entre une capitale et sa périphérie, voie suivie par les Tchèques et les Slovaques qui se sont mis d’accord pour en terminer avec la Tchécoslovaquie. L’inexistence d’un dialogue entre Madrid et Barcelone, exclut cette option de sortie de crise.
La seule ouverture possible serait un changement de majorité aux élections générales du mois de décembre. La nouvelle majorité et le nouveau président du gouvernement espagnol pourraient offrir la possibilité aux Catalans de s’asseoir autour d’une table pour essayer de construire un compromis. Les responsables du Parti Podemos et du Parti socialiste espagnol, qui espèrent remporter les élections du mois de décembre, ont à peu près tenu le même discours sur la question de la Catalogne, à l’annonce des résultats dimanche soir. Podemos propose d’offrir aux Catalans la possibilité de rester dans d’autres conditions au sein de l’Espagne. Et le Parti socialiste a promis une réforme constitutionnelle en vue de fédérer l’Espagne. C’est pour l’instant la seule perspective possible et crédible qui permettrait de sortir de la crise actuelle qui est catalane mais aussi espagnole.
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