ANALYSES

Les limites diplomatiques du processus de paix au Proche-Orient

Interview
24 septembre 2015
Le point de vue de Didier Billion
Suite à la rencontre entre François Hollande et Mahmoud Abbas à Paris, comment définiriez-vous la position de la France sur le conflit israélo-palestinien ?
Il s’agit d’une position contrastée, voire contradictoire.
La visite officielle du président François Hollande en Israël, en novembre 2013, avait été marquée par un rapprochement très étroit avec Benyamin Netanyahu et les revendications palestiniennes avaient été de facto passées sous silence. Il y a un an, au cours de l’été 2014, après une nouvelle agression des Israéliens contre Gaza, l’opération « Bordure protectrice », la première réaction du président de la République fut celle de la reconnaissance au droit à l’auto-défense d’Israël, singulière conception du dossier israélo-palestinien au vu de l’asymétrie des rapports de force. Par ailleurs, le Premier ministre Manuel Valls avait émis plusieurs interdictions de manifestations en soutien aux Palestiniens. Ces éléments indiquent un centre de gravité plutôt pro-israélien.
Il faut toutefois admettre que Laurent Fabius a tenté, au cours des derniers mois, de mettre en œuvre un projet de résolution contraignant qui aurait été déposé au sein du Conseil de sécurité des Nations unies, imposant des paramètres de négociations entre Israéliens et Palestiniens et une date butoir à son application, dans le but de parvenir à un accord entre les parties. L’idée était que si ce processus n’allait pas à son terme, la France reconnaitrait l’État de Palestine. Tout cela allait plutôt dans le bon sens, d’autant que nous savons que Laurent Fabius essayait de faire adhérer un certain nombre de grandes puissances à ce projet. Malheureusement, cette initiative n’a pas abouti en raison des oppositions, notamment celle de Netanyahu évoquant au mois de juin « l’inacceptabilité d’un diktat à l’égard d’Israël ». Cette résistance et la réticence des États-Unis qui, à l’époque, étaient en négociation avec l’Iran, illustrent les limites de la marge de manœuvre de la France.
Cela étant, plutôt que de compter uniquement sur les grandes puissances - ce qui est nécessaire -, il aurait peut-être fallu s’appuyer sur la majorité des pays membres de l’ONU reconnaissant l’État de Palestine de manière à créer un rapport de force favorable. La France ne l’a pas fait et c’est ce qui peut lui être reproché, malgré ses tentatives de faire bouger les lignes.
Il existe aujourd’hui un projet de mise en œuvre d’un groupe de contact qui regrouperait à la fois le Quartet (Etats-Unis, Russie, Union européenne, Nations unies), ainsi que plusieurs pays européens et quelques pays arabes. Cette initiative montre au passage l’inanité de ce Quartet, mis en place en 2002, qui est totalement impuissant.

Une étude indique que 57% des Palestiniens sont pour l’Intifada armée. Pensez-vous que la voie diplomatique privilégiée ces dernières années par l’Autorité palestinienne a échoué ?
Une solution militaire semble peu probable. Celle qui doit prévaloir est avant tout politique et diplomatique. Il est clair qu’en ce mois de septembre 2015, tous les efforts diplomatiques qui ont été développés par l’Autorité palestinienne - souvent d’illusions d’ailleurs -, se sont avérés vains. Il faut comprendre que les Palestiniens sont infiniment isolés, en raison de l’utilisation à répétition du droit de veto américain à l’ONU, ainsi que des des positions politiques de Netanyahu. Et, malheureusement, personne ne tente réellement de débloquer cette situation. De plus, il existe depuis de nombreuses années une division profonde entre l’Autorité palestinienne et le Hamas qui continue à diriger la bande de Gaza, situation qui n’est guère favorable à la reprise d’initiatives qui pourraient être un tant soit peu efficaces.
Cette étude avançant que 57% des Palestiniens seraient favorables à une Intifada armée est assez alarmante et montre le désespoir d’une grande majorité de la population qui estime aujourd’hui qu’il ne peut pas y avoir de solution politique compte tenu des échecs répétés à toute résolution du conflit, ainsi que de la dégradation de la vie quotidienne. C’est une réalité. Quand une majorité de la population estime qu’elle a épuisé toutes les voies diplomatiques et que seule la lutte armée – jamais souhaitable et dont on sait qu’elle ne pourra pas aboutir au regard de l’asymétrie absolue entre les forces palestiniennes et l’imperium israélien du point de vue militaire -, c’est l’expression d’une situation de désespoir. Cela est d’autant plus inquiétant au vu du contexte régional, car il est à craindre que les éléments les plus radicaux reprennent les attentats, engendrant une réaction extrêmement dure du côté israélien.

Dans un contexte de vives tensions entre Palestiniens et Israéliens du fait des fêtes juives et musulmanes, quelle est la position du nouveau gouvernement israélien concernant le processus de paix ?
Le centre de gravité du nouveau gouvernement israélien est profondément réactionnaire, probablement le plus à droite que l’État israélien n’ait jamais connu. Lors des élections législatives israéliennes de mars 2015, Netanyahu avait déclaré que la perspective de la création d’un État palestinien n’était plus désormais une hypothèse de travail, même si après sa réélection avec un score conséquent, il y eut des tentatives laborieuses de rétropédalage. Il n’empêche que cette déclaration illustre la perspective du gouvernement israélien de profiter des hésitations de ladite communauté internationale pour sans cesse avancer dans le processus de colonisation qui, jour après jour, enserre les îlots de Palestiniens, rendant de plus en plus improbable la possibilité de la création d’un État de Palestine viable et reconnu internationalement.
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