ANALYSES

Barack Obama a-t-il gagné son bras de fer avec le Congrès sur l’Iran ?

Presse
4 septembre 2015
Interview de Thomas Snégaroff - La Croix
« Oui, la Maison-Blanche a gagné, mais c’est une petite victoire, à la Pyrrhus. Car le Congrès, dominé par les républicains, va bel et bien voter un texte contre l’accord négocié par les grandes puissances avec l’Iran, qui prévoit la levée des sanctions. Le salut de Barack Obama ne vient que du fait que les opposants n’auront pas assez de voix pour contourner le veto présidentiel.

Selon les termes de la Constitution, il faut en effet le soutien de deux tiers des 100 sénateurs pour contrer un veto. Tout l’enjeu était donc pour la Maison-Blanche d’obtenir le ralliement de 34 sénateurs, et c’est désormais chose faite, au prix d’un travail intense. Au cours des dernières semaines, Barack Obama et son secrétaire d’État John Kerry se sont efforcés de rassurer les élus, les uns après les autres, autour notamment de la notion de « tolérance zéro » – à savoir que tout manquement de la part des Iraniens signifiera la fin de l’accord et le retour des sanctions.

Dans l’attente du vote au Congrès, qui doit intervenir avant le 17 septembre, les adversaires de la Maison-Blanche vont continuer à faire du bruit, à mobiliser une opinion publique défavorable pour faire pression sur les élus. Mais ils ont perdu la partie.

On n’imagine pas en effet un des sénateurs ayant pris position publiquement en faveur de l’accord, malgré des réticences, faire volte-face.

Il n’en reste pas moins qu’il est assez rare qu’en politique étrangère un président soit aussi peu suivi. En général, le chef de l’État américain bénéficie en la matière d’une certaine confiance, à l’image d’un Richard Nixon lors du rapprochement avec la Chine, par exemple.

Or ce n’est pas le cas cette fois-ci, puisque même des démocrates – le Sénat compte 46 sénateurs démocrates – ne partagent par le point de vue de Barack Obama.

Ce qui confirme la fragilité du président sur ce dossier, aussi bien que le caractère iconoclaste de cette ouverture historique, difficile à vendre auprès des élus et de l’opinion publique. L’histoire oubliera sans doute qu’il aura été extrêmement compliqué de convaincre l’Amérique. Néanmoins, que se passera-t-il après 2016, quand Barack Obama quittera la Maison-Blanche ? Un président républicain pourrait remettre en cause cet accord. »
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