ANALYSES

COP 21 : la conférence de la dernière chance ?

Interview
28 août 2015
Le point de vue de Bastien Alex
A ce jour, 56 pays se sont engagés pour la conférence mondiale sur le climat à Paris en décembre et les principaux pays émetteurs de gaz à effet de serre seront présents (Chine, Etats-Unis, Russie). Comment s’annonce ce rendez-vous, alors que la COP21 semble être au cœur des objectifs diplomatiques de la France ?
D’un côté, le rendez-vous peut s’annoncer prometteur : il y a ces dernières mois une certaine cohésion au sein de la communauté internationale, et une réelle envie de parvenir à un accord couplée à une mobilisation, à la fois des politiques mais aussi de la société civile. De l’autre, les interrogations portent sur tous les blocages de la négociation que l’on connait très bien. Les ambitions et les propositions ont pour mission d’atteindre l’objectif fixé : limiter l’augmentation de la température à 2°C d’ici 2100.
Le principe des « responsabilités communes mais différenciées » doit être mis à jour et ce, depuis le sommet de Copenhague. Il y a eu des annonces formulées par certains Etats, comme la Chine, mais seront-elles suffisantes ? Les objectifs de réduction ne se basent pas sur les mêmes dates de référence, ni les mêmes proportions, ce qui rend difficile leur évaluation. Chacun essaye de trouver la proposition qui semble la plus ambitieuse sans qu’elle le soit toujours réellement
De plus, l’objectif de financement du Fonds vert pour le climat n’a pas été atteint – fonds qui reste un indicateur important dans l’organisation de la lutte contre le changement climatique. La diplomatie française s’est pour sa part sérieusement mobilisée dans cet effort, mais le succès ou l’échec de cette conférence ne reposent pas seulement sur l’attitude française.

Barack Obama a présenté début août une série de règlementations du secteur des énergies fossiles, tandis que la Chine a présenté récemment un ambitieux projet de réductions de gaz à effet de serre. Ces annonces sont-elles des étapes déterminantes pour combattre le réchauffement climatique ? Vous semblent-elles réalistes ?
A priori, ils resteront insuffisants. De nombreuses ONG ont ainsi évalué les propositions des Etats contribuant à cet effort et estiment qu’elles restent en dessous des niveaux nécessaires pour atteindre l’objectif de limitation de l’augmentation de la température.
La Chine a été largement saluée pour ses intentions qui sont, certes, ambitieuses pour le pays et ses 1,3 milliards d’habitants. Mais l’annonce d’un pic des émissions de gaz à effet de serre autour de 2030 signifie que jusqu’à cette date, elles poursuivront leur croissance. En résumé, les efforts chinois ne sont vraisemblablement pas suffisants pour atteindre l’objectif global des 2°C.
Pour les Etats-Unis, la résolution Byrd Hagel voté par le Sénat empêche toujours la ratification d’un accord qui pourrait porter préjudice à la croissance américaine et le projet de Barack Obama y sera sans doute confronté. De plus, le choix de l’année de référence (2005) pour la réduction d’émissions d’ici à 2030 correspond à un pic d’émission, qui rend de fait l’objectif moins difficile à atteindre car elles ont déjà baissées depuis. Le Japon a fait la même chose en proposant l’année 2013 comme référence, année au cours de laquelle ses émissions étaient reparties à la hausse après la catastrophe de Fukushima et l’arrêt des centrales nucléaires (remplacées par des centrales thermiques consommant des hydrocarbures).
La participation d’une multitude d’Etats à cet accord est encourageante, mais ne garantit en rien son efficacité. Alors oui, ironiquement, ces annonces semblent tout à fait correspondre à un point de vue réaliste : elles s’inscrivent parfaitement dans le rapport de force actuel, et il semble évident que les Etats-Unis, l’Inde ou la Chine n’accepteront aucun accord menaçant leur croissance.

Si la COP 21 aboutit réellement à un accord global des 195 pays, peut-on croire à une application effective alors qu’aucune sanction ne semble être prévue pour les pays qui ne respecteraient pas leurs engagements ? Quelles seraient les conséquences d’un échec de la COP 21 voire de la non-application de l’accord qui sera pris ?
Il est aujourd’hui impossible de signer un traité international sans clause de sortie de celui-ci – possibilité permettant finalement d’échapper à ses sanctions. Le Canada, le Japon et la Russie avaient d’ailleurs pris la décision de quitter le protocole de Kyoto à partir de 2011. Le droit international et ses contraintes sont malheureusement difficilement contournables et on ne peut pas imaginer la mise en place d’un traité contraignant pour les intérêts des signataires sans cette condition.
Un hypothétique échec de la COP 21 peut remettre en cause le mécanisme de négociation internationale tel qu’il existe aujourd’hui en nous invitant à nous interroger sur sa pertinence. Il serait peut-être plus constructif d’espérer une prise de conscience volontaire des pays concernés par la lutte contre le changement climatique, comme le fait la Chine – et pas uniquement pour des raisons sanitaires. La pression internationale peut mobiliser les volontés dans une certaine mesure mais peut aussi conduire à la proposition d’un projet trop ambitieux que peu signeront.
Il faudra alors s’interroger sur la cohérence du dispositif international de lutte contre le changement climatique dans son format actuel. Certes, un échec retardera la lutte contre les émissions de gaz à effet de serre mais ne signifiera pas l’échec définitif de la mobilisation : on peut imaginer que d’autres Etats adopteront une position similaire à celle de la Chine mais ce sera de leur propre chef et non sous la contrainte d’un traité international.
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