ANALYSES

Les sanctions levées, les entreprises françaises vont tenter de reprendre leur place en Iran

Presse
16 juillet 2015
Interview de Thierry Coville - RT France

Thierry Coville, chercheur à l'Institut de relations internationales et stratégiques (Iris) et spécialiste de l'économie iranienne, auteur de L'économie de l'Iran islamique, estime que les entreprises françaises «ont d'énormes intérêts commerciaux» à défendre en Iran.


Thierry Coville, les Français et les Allemands n'ont pas attendu longtemps pour annoncer un voyage en Iran...


C'est vrai qu'il est toujours amusant de voir que le pays qui était considéré comme le paria devient tout à coup le pays où il faut se rendre le plus vite possible. Du côté Français, cela reste tout de même une bonne décision, car nous avons d'énormes intérêts commerciaux en Iran.


La signature de cet accord sur le nucléaire, la probable levée des sanctions contre l'Iran, c'est une bonne opportunité pour les entreprises françaises ?
Oui, car nous étions très présents avant les sanctions, avec la deuxième part de marché derrière l'Allemagne. L'Iran était le principal marché français au Moyen-Orient. Nos entreprises sont connues en Iran, il y a des intérêts à défendre dans le secteur de l'énergie, dans le secteur automobile. Les entreprises françaises ont d'ailleurs déjà anticipé la levée des sanctions depuis quelques mois et ont commencé à prospecter. Les réseaux sont réactivés, mais sans accord, rien n'était possible.


Les tensions diplomatiques entre la France et l'Iran peuvent-elles perturber la reprise des relations économiques ?


Il ne faut pas surestimer l'impact de ces tensions diplomatiques, qui sont réelles, sur l'économie. Les entreprises françaises sont attendues et bienvenues en Iran. Il est clair tout de même que si la France change sa position vis-à-vis de l'Iran, développe des relations diplomatiques plus constructives, cela ne peut qu'aider au développement des liens commerciaux.


Quelles ont été les conséquences des sanctions sur les échanges entre la France et l'Iran ?


En réalité, nous avons pratiquement disparu d'un coup. Peugeot était à 450 000 véhicules vendus en Iran, et ils sont totalement partis en 2012, cela a couté plusieurs milliers d'emplois en France. Désormais, tous les secteurs en Iran sont intéressants dans le sens où c'est un pays «neuf», avec une population de 80 millions d'habitants. L'Iran est un pays riche avec le pétrole et le gaz, qui n'a pas de problèmes de paiement. Il y a tout à faire que ce soit dans les biens de consommation, les infrastructures, les services, l'agroalimentaire... Les grands noms comme Alstom, Total, Peugeot, Renault, Airbus, sont intéressés, mais les PME peuvent aussi bénéficier de ce marché.


Quels seront les concurrents de la France sur le marché iranien ?


Les concurrents vont être les Allemands qui ont traditionnellement la plus grosse part de marché en Iran. L’Italie aussi va se réimplanter. En revanche, les Chinois, les Japonais, les Turcs ou les Indiens ont profité de l'absence des Européens pour gagner des marchés, et sont déjà bien implantés. La concurrence des entreprises américaines, qui sont déjà sur place et prospectent, devrait aussi exister.


Quelle va être la stratégie de l'Iran ?


Même s'ils ont les moyens, ils entendent diminuer leur dépendance pétrolière. Ils veulent donc que cette ouverture dynamise la compétitivité de l'industrie nationale. Ils veulent des investisseurs étrangers, des transferts de technologie... La priorité des Iraniens, c'est de ne pas être qu'un pays d'importation.

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