ANALYSES

« La Russie n’est pas dans une course à l’armement »

Presse
18 juin 2015
Interview de Philippe Migault - La Croix
La veille d’un forum militaire international près de Moscou, Vladimir Poutine a annoncé lundi 15 juin que la Russie allait se doter que 40 missiles balistiques supplémentaires. Quel est l’état actuel de l’arsenal nucléaire russe ?

L’arsenal nucléaire de la Russie est en plein renouvellement. Il y a encore deux ans, il était très largement composé d’un matériel datant de la Guerre froide, comme les vieux bombardiers Tupolev ou les missiles SS-18. Les sous-marins lanceurs d’engins étaient également anciens. La Russie a donc décidé de se lancer dans une importante modernisation de son arsenal stratégique.
Moscou a développé des programmes tous azimuts pour les sous-marins, avec le programme Boréï, et pour l’aviation à long rayon d’action, avec les nouveaux Tupolev Tu-160 et Tu-95M. Les nouveaux missiles balistiques intercontinentaux annoncés par Poutine viennent compléter l’arsenal, et s’ajouter aux 300 déjà existants. À noter toutefois que sur ce stock initial, près d’un tiers est obsolète, et doit être détruit d’ici à 2018-2020.

Cette annonce de missiles supplémentaires s’inscrit-elle dans une course à l’armement ?

Elle répond à une exigence de modernisation de l’arsenal nucléaire russe, qui aurait eu lieu de toute façon, et qui s’étale jusqu’en 2020-2025. Ce n’est pas une réponse immédiate à ce que les Russes perçoivent comme une pression de l’Otan. Il est certain que, du point de vue russe, le bouclier antimissile américain et l’attitude des États-Unis en Ukraine, sont des actes d’hostilité. Mais nous ne sommes pas dans une course à l’armement.

La Russie reste fidèle aux engagements du traité de réduction des armes nucléaires « New Start ». Le pays se situe au-dessous de 1 500 têtes nucléaires opérationnelles, et ne souhaite pas dépasser ce niveau de stricte suffisance.
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