ANALYSES

JO 2024 : quels sont les enjeux de la candidature de Paris ?

Interview
15 avril 2015
Le point de vue de Pim Verschuuren
Quelles sont les leçons qu’il faut tirer des précédents échecs des candidatures de Paris pour l’organisation des Jeux olympiques ? Comment Paris peut-elle gagner ?

Avant la publication des conclusions de l’étude d’opportunité par le Comité national olympique et sportif français (CNOSF) sur une éventuelle candidature de Paris pour les Jeux de 2024, un rapport (le rapport "Keneo") avait été réalisé sur les différents échecs des candidatures de Paris mais aussi d’Annecy pour 2018. Ce rapport Keneo devait permettre de comprendre pourquoi ces candidatures avaient échoué. Au travers des dernières déclarations des politiques mais aussi des représentants du mouvement sportif français, il semblerait que les leçons aient été tirées même s’il faudra attendre de voir comment elles seront appliquées à l’avenir. Ce qui ressort principalement, c’est qu’il sera nécessaire de laisser le pilotage de la candidature au mouvement sportif et, en premier lieu, à Bernard Lapasset qui a dirigé l’étude d’opportunité et les premiers débats en France sur une candidature olympique. Tony Estanguet, qui est membre du Comité international olympique (CIO) et ancien sportif médiatique, fera également partie du projet pour aider le mouvement sportif français à remporter les Jeux olympiques de 2024.
Au-delà de la problématique de la gouvernance, la question de l’organisation de la candidature - c’est-à-dire la manière dont on remporte les Jeux olympiques - doit également être au centre des réflexions. Sur ce point, la dernière candidature de Paris pour l’organisation des Jeux de 2012, attribuée à Londres en 2005, avait notamment mis en valeur le manque de maîtrise des stratégies de lobbying de la France par rapport à ses concurrents, beaucoup plus à l’aise dans ce domaine. Il me semble que les décideurs français ont désormais bien compris que ceux qui votent pour attribuer les Jeux olympiques aux villes hôtes ne suivent pas uniquement des arguments techniques sur la qualité du dossier, notamment en termes d’infrastructures sportives, d’urbanisme ou d’héritage des évènements sportifs. Une stratégie individuelle de lobbying doit être mise en œuvre auprès de chacun des membres du CIO, ces derniers ne représentant pas leur pays, mais sont membres du CIO à titre individuel.
Paris peut gagner en appliquant ces leçons dans la mesure où elle a d’ores-et-déjà un dossier technique excellent en termes d’infrastructures sportives. Ces dernières sont déjà existantes et seuls le centre des médias, le village olympique et la piscine olympique figurent parmi les principales constructions à effectuer. Il y a par ailleurs des rénovations à réaliser notamment au stade de France ou à Roland Garros, mais certaines sont déjà en cours. En outre, malgré l’importance du dossier technique, d’autres problématiques devront être soulevées comme celles liées aux transports puisque deux millions de visiteurs (dont 10 000 athlètes, 20 000 journalistes ainsi que tout le staff sportif des délégations) vont devoir circuler rapidement dans la ville pendant les deux semaines d’Olympiades. Le réseau des transports parisiens est certes dense et déjà existant, mais il est souvent saturé. Il y a donc certaines lignes de transport et axes de circulation qui devront être améliorés.
Enfin, il y a aussi toute la stratégie de durabilité et d’héritage de l’organisation des Jeux olympiques à construire. Il va falloir trouver une sorte de message à porter pour montrer que ces Jeux à Paris ne seront pas uniquement des compétitions sportives organisées sur deux semaines pour désigner les meilleurs athlètes au monde, mais qu’ils vont aussi laisser une empreinte durable et équilibrée sur le territoire. Ce message peut être destiné à la jeunesse (comme à Londres 2012), ou encore lié à l’environnement. L’empreinte urbaniste que laissent les Jeux est également très importante. Pour 2024, c’est vraisemblablement une partie de la Couronne Nord de Paris qui serait réhabilitée et en particulier à Saint-Denis, la Courneuve et au Bourget. Il y a véritablement là-dessus des arguments à faire valoir, qui sont de plus en plus importants pour le CIO. Ce dernier souhaite que les évènements qu’il organise soient durables et s’intègrent dans un environnement qui ne laisse pas d’« éléphants blancs », c’est-à-dire des infrastructures qui par la suite deviennent inutiles, comme cela a pu être le cas à la suite des Jeux d’Athènes en 2004.

Le coût de l’organisation des Jeux Olympiques est au cœur des candidatures. Qui prend en charge ces coûts ? Quelles sont les retombées positives qu’apporte l’organisation des Jeux Olympiques à un pays ?

La majeure partie des coûts est à la charge du secteur public. Pour la candidature de 2024, le budget qui est présenté est de 6,2 milliards d’euros. La moitié est en théorie financée par les Jeux eux-mêmes, c’est-à-dire par le CIO - qui finance une partie du budget du Comité d’organisation des Jeux - et par les revenus liés à la billetterie ou au marketing. Les 3 milliards restant sont partagés entre les financements issus des collectivités territoriales, de la ville et de l’État, mais aussi du secteur privé représenté par les entreprises qui sponsorisent et soutiennent l’événement.
Néanmoins, on a pu observer au cours des dernières Olympiades que les budgets sont constamment dépassés et que, dans ces cas-là, c’est le public qui doit avancer les fonds, notamment pour les questions plus aléatoires comme celles de la sécurité. On se souvient que le lendemain de l’attribution des Jeux à Londres au cours de l’été 2005, la ville avait subi des attentats touchant les transports publics. Pour cette raison, le budget sécurité des Jeux de 2012 avait explosé. On imagine que Paris devra également y consacrer un budget important si elle venait à remporter leur organisation.
D’un point de vue strictement financier, les Jeux olympiques ne permettent pas, la majorité du temps, de gagner de l’argent ou du moins pas à court et moyen terme. Les candidats tablent donc plutôt sur les retombées extra-économiques.. Ces dernières peuvent être des rénovations urbaines, des grands travaux sur les transports en commun, les infrastructures sportives ou le logement via la construction du village olympique qui peut ensuite être source de logements à bas coût. Dans le cas de la candidature parisienne, on peut citer les projets du Grand Paris. Ces derniers ont été imaginés avant la candidature, mais il est vrai que l’horizon des Jeux olympiques obligerait peut-être à ce que ces constructions et rénovations soient concrétisées plus rapidement. Il faudra ainsi intégrer toute la région dans l’organisation de l’événement. Sans oublier qu’à long terme, ces travaux bénéficieraient aux Parisiens et à toute l’Île-de-France.
Une autre retombée peut être l’effet de cohésion sociale créée par les Jeux. Cette dernière est certes éphémère puisque l’événement ne dure que deux semaines et reste difficile à mesurer, mais on observe un réel engouement pour le sport des habitants des villes hôtes et plus largement du pays organisateur.
Enfin, il y aurait bien sûr des retombées économiques indirectes dans la mesure où la France accueillerait un nombre de visiteurs importants. Le pays organisateur est aussi placé sur le devant de la scène pendant les compétitions ce qui constitue une véritable publicité pour ses entreprises et pour éventuellement attirer des contrats industriels. Londres avait axé les Jeux de 2012 sur la notion d’innovation, de créativité et de jeunesse et ce sont certainement des arguments qui ont permis d’attirer des investisseurs. Mais, là encore, il est très difficile de calculer le poids des retombées économiques induites par les Jeux olympiques. Par conséquent, on tend de plus en plus à souligner les effets et retombées extra-économiques des Jeux.

Qui sont les concurrents sérieux de Paris à l’heure actuelle ? Quels sont leurs arguments ?

Pour l’instant, il y a trois autres concurrents sérieux : Boston, Rome et Hambourg. Chacune de ces trois villes a, comme toutes les candidatures, des atouts et des déficiences.
Boston bénéficie du soutien du Comité olympique américain qui est un Comité très puissant au niveau olympique international. En effet, une grande partie des droits télévisés proviennent des États-Unis, qui représentent donc un gros marché pour le CIO. Sans oublier les nombreuses entreprises américaines qui s’investissent dans les Jeux olympiques. Néanmoins, les derniers échecs des candidatures portées par les États-Unis montrent que ce poids n’est pas forcément un atout. Certains avancent l’idée que les échecs de New York 2012 ou de Chicago 2016 sont le fruit de cette omniprésence américaine et des tensions dans les négociations financières entre le Comité américain et le CIO. L’autre inconvénient qui se présente à Boston est pour l’instant le manque d’enthousiasme de ses habitants pour l’organisation des Jeux 2024 puisqu’au regard des sondages, une petite majorité de sa population y serait opposée. Les autorités de la ville veulent mettre en place une consultation publique en 2016, mais celle-ci interviendra quoi qu’il arrive après le dépôt des candidatures (prévu en septembre 2015). S’il était confirmé, ce manque d’enthousiasme et de soutien populaire, déjà constaté dans d’autres villes aux États-Unis ces dernières années, serait un coup fatal pour la ville de Boston et son projet olympique.
L’autre candidat important est Hambourg. Ce candidat européen a l’avantage d’être indirectement soutenu par Thomas Bach, le président du CIO, de nationalité allemande et auparavant président du Comité olympique allemand. Même si en tant que président du CIO, il ne pourra pas afficher ce soutien officiellement. Hambourg présente par ailleurs une candidature particulière puisqu’elle a réussi à recentrer un très grand nombre de sites sportifs dans un rayon géographique restreint. Le CIO est généralement très réceptif à ce genre d’arguments, comme on a pu le constater pour Tokyo 2020. Enfin, autour de 80% des habitants d’Hambourg soutiennent la candidature de leur ville, ce qui constituera également un argument de poids face à ses concurrents.
Enfin, Rome est le dernier candidat à ces Jeux olympiques pour 2024. Il faut reconnaitre qu’elle a eu des candidatures malheureuses ces dernières années, notamment pour les Jeux de 2020. Elle avait dû se retirer de la course pour cause de problèmes financiers. Cette candidature est pour le moment assez timide mais il faudra rester attentif, dans les prochains mois, à la manière dont Rome mettra en valeur son dossier.
Il n’est pas impossible de voir des candidatures « extra-occidentales » apparaître, comme par exemple Durban en Afrique du Sud, Doha au Qatar ou encore Bakou en Azerbaïdjan. Cependant, ces concurrents ne font actuellement pas le poids face aux candidats déjà déclarés dans la course. De plus, étant donné que les trois dernières compétitions olympiques précédent celle de 2024 auront lieu à Rio en 2016, en Corée du Sud en 2018, à Tokyo en 2020, et soit à Pékin soit à Almaty (Kazakhstan) en 2022, il y a de grandes chances pour que le CIO privilégie son principe de rotation des continents pour les Jeux de 2024 – même si par ailleurs ce principe n’en est pas vraiment un puisque l’Afrique n’a encore jamais accueilli de Jeux olympiques.
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