ANALYSES

« Il faut arrêter de diaboliser l’Iran »

Presse
30 mars 2015
Interview de Thierry Coville - RTBF

Cela fait 12 ans que ce dossier du nucléaire iranien empoisonne la communauté internationale. Les heures qui viennent seront cruciales. Les négociateurs iraniens sont réunis a Lausanne avec les ministres des Affaires étrangères de 6 pays de poids: les USA, la Grande-Bretagne, la France, l’Allemagne, la Chine et la Russie. Pour l’Europe, il y a aussi la cheffe de la diplomatie européenne, Frederica Mogherini. L’objectif, d’ici demain soir minuit, est de s’assurer que l’Iran ne se dotera pas de la bombe atomique à l'avenir. En échange, Teheran obtiendrait la levée des sanctions internationales qui étranglent son économie. Nous avons posé trois questions à Thierry Coville, spécialiste de l’Iran, chercheur associé à l’IRIS (Institut de Relations Internationales et Stratégiques) et professeur à Novancia.


Faut-il encore avoir peur de l’Iran du Président Hassan Rohani présenté comme un modéré, et qui s’est récemment jeté dans la bataille en téléphonant aux grands de ce monde pour plaider la cause de son pays ?


L’Iran est un pays central au moyen Orient, culturellement très important. Il y a des modérés et des conservateurs plus radicaux. On a surtout une société civile en pleine voie de modernisation, et je pense qu’à la fois le monde et l’Iran même gagneraient à ce qu’il y ait des relations plus normalisées avec l’extérieur. Ce sont tous ces facteurs qu’il faut regarder. Un pays n’est pas gentil ou méchant et il faut arrêter avec la diabolisation de l’Iran. Ça c’est sûr.


Plusieurs pays ne veulent pas d’un accord avec l’Iran. Il y a l’Arabie saoudite, grande gardienne de l’islam sunnite. Il y a surtout Israël : hier le premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a parlé d’un " accord dangereux qui permettrait a l’Iran de conquérir le Moyen orient. " Faut-il le croire ?


Actuellement il y a quand même un vrai problème de crédibilité du discours de Netanyahu. Le gouvernement américain ne l’écoute plus d’ailleurs. Je pense que c’est une description de l’Iran qui tombe complètement à côté de la plaque, sachant que les Américains sont en train de discuter avec les Iraniens. Alors je ne dis pas qu’ils sont devenus amis mais ils échangent leurs points de vue. Donc cette description de l’Iran qui veut envahir le Moyen-Orient, excusez-moi mais c’est n’importe quoi ! L’Iran n’a envahi personne depuis la Révolution iranienne. Bien sûr, il y a eu une volonté d’exporter la révolution islamique dans les premières années, mais c’est fini depuis un moment. Donc ce discours catastrophiste n’est plus d’actualité. Il y a un autre problème qui se pose dans cette crise du nucléaire iranien: si on ne négocie pas avec Téhéran, qu’est-ce qu’on fait? C’est ce que Barack Obama répond à Netanyaou. Le processus est engagé. C'est-à-dire que l’Iran pourrait enrichir de l’uranium mais sous un contrôle sévère de la part des occidentaux (et de l’Agence internationale pour l’énergie atomique), je pense que c’est la meilleure sortie de crise possible.


C’est raisonnable ?


Oui ! L’idée est d’avoir un processus qui donne des garanties que l’Iran ne produise pas du nucléaire militaire. Je rappelle que l’Iran est toujours signataire du Traité de non-prolifération nucléaire, qu’entre parenthèses Israël n’a pas signé. Donc, si il y a un accord, l’Iran sera contrôlé, il ne pourra enrichir de l’uranium qu’à un niveau civil, le stock d’uranium enrichi sera entreposé en Russie, donc je pense qu’il y a assez de garanties pour une sortie de crise. L’alternative ce serait de se retrouver avec des plus 'durs' en Iran qui prennent la main par rapport au président Hassan Rohani, que les Iraniens recommencent à enrichir l’uranium à 20%, qu’ils soient beaucoup plus durs en négociations etc. Ici, on a un gouvernement iranien qui a fait des concessions. Si on ne le comprend pas, c’est qu’on ne veut pas vraiment résoudre cette crise.

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