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Ukraine : l’Europe doit se demander si Kiev satisfait les principes démocratiques

Presse
9 février 2015
Les combats en Ukraine ont fait à ce jour plus de 5000 morts, d’innombrables blessés et presqu’un million de personnes déplacées ou réfugiées. Il est temps que cela cesse. Pour tenter de trouver une solution, la France, l'Allemagne, l'Ukraine et la Russie poursuivront ce mercredi 11 janvier, leurs travaux, à Minsk lors d'un sommet décisif.

Il n'y a qu'une seule option pour le gouvernement ukrainien, désormais reconnu comme légitime, aprèsavoir été mis en place par une manœuvre des États-Unis ayant fomenté les émeutes de la place Maidan. "Nous avions négocié un accord pour la passation de pouvoir en Ukraine", affirmait Barack Obama sur CNN le premier février. Le président Porochenko doit donc gagner à tout prix cette guerre.

Comment ? Qu’il suive donc les conseils de Ferdinand Foch, Maréchal de France, et se pose la question essentielle : de quoi s’agit-il ?

Bien plus qu'une invasion russe

L’ombre de la Russie sur ces combats ne doit pas occulter la réalité : il s’agit d’une guerre civile née du refus d’une partie des Ukrainiens d’accepter le "deal" américain et désireuse d’obtenir un statut particulier au sein de l’État ukrainien.

C’est donc bien autre chose qu’une simple invasion russe, que l’on peut légitimement vouloir combattre par la force, afin d’en refouler les troupes au-delà des frontières.

Non, il s’agit de vaincre cette opposition puis de trouver un accord pour continuer à vivre avec elle à l’intérieur des limites territoriales ukrainiennes. Or, il est une règle intangible : dans une guerre civile, chaque coup de feu des forces gouvernementales éloigne un peu plus le gouvernement de la victoire finale, qui est le retour des brebis égarées dans le giron national.

Un retour qui sera d’autant plus difficile si le gouvernement leur en aura, avant, fait "prendre plein la figure".

Pendant ce temps, l’effort de guerre prolongé porte aussi de terribles coups à une économie en ruine. La force et le temps jouent donc contre Porochenko.

Un monde démocratique et européen

Mais le président a des alliés, notamment parmi les pays européens, qui pourraient l’aider, à condition qu’ils le veuillent.

Comment ? En lui parlant avec franchise et détermination pour lui expliquer que dans le monde, européen et démocratique, auquel il voudrait accéder, l’on ne combat pas ses adversaires politiques par la force militaire et l’on n’a pas une vision exclusive de l’unité nationale.

L’Allemagne est un État fédéral, les provinces espagnoles ont une large autonomie, le Royaume-Uni a organisé dans le calme un référendum pour laisser aux Ecossais décider de leur avenir, la France n’a pas toléré plus de quelques morts avant de décider, avec toutes les parties, d’un référendum à tenir pour le statut futur de la Nouvelle-Calédonie.

Avant d’aller plus avant dans le soutien politique au gouvernement ukrainien, avant de s’interroger surd’éventuelles livraisons d’armes à l’Ukraine, voilà la première question que doivent se poser les dirigeants européens : la conduite du gouvernement de Kiev satisfait-elle les principes démocratiques ?

Ils pourraient ensuite donner à Porochenko le seul conseil qui vaille : les seules guerres civiles que l’on peut gagner sont celles que l’on ne livre pas.

Il faut éviter les guerres par procuration

Les Ukrainiens, dans un pays charnière entre la Russie et l’Europe ont un formidable potentiel à développer en s’appuyant sur l’une et l’autre. Encore faudrait-il qu’ils aient des dirigeants à la hauteur de cet enjeu, et que les Européens acceptent de s’entendre avec la Russie pour les aider à valoriser ce potentiel, tout en en tirant profit eux aussi.

Dès lors que l’on considère la crise ukrainienne comme une affaire européenne, la voie de sortie apparaît clairement à travers la mise en œuvre des principes démocratiques.

En faire une affaire géopolitique extra européenne, c’est rejoindre les dangereux et inopérants schémasdes guerres par procuration, conduites pendant toute la guerre froide pour contenir l’Union soviétique.

L’Europe ne peut l’accepter, qu’elle le dise à Porochenko et à la Maison blanche.
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