ANALYSES

Victoire de Syriza : que cela va-t-il changer pour la Grèce et l’Europe ?

Interview
26 janvier 2015
Le point de vue de Magali Balent
La coalition de gauche Syriza vient de remporter les législatives grecques. Que cela peut-il changer pour le pays ?

Il faut pour le moment rester très prudent car les élections viennent d’avoir lieu ! Cela dit, si les Grecs ont voté en masse pour ce parti politique, c’est bien parce qu’ils souhaitent que les choses changent radicalement. Les partis traditionnels au pouvoir, de droite comme de gauche, ont jusqu’à présent échoué à apporter des solutions pour résoudre la crise économique qui secoue le pays depuis 2009.
Si l’on s’en tient au programme annoncé par Syriza, on peut supposer un grand nombre de changements à venir. Le parti s’est en effet engagé sur la fin de l’austérité, l’augmentation des salaires, la baisse des impôts et la renégociation de la dette avec la troïka européenne. Il prévoit en outre la gratuité de l’électricité et de l’accès aux services publics de santé, le relèvement des petites retraites, la réduction du prix des transports public, etc. On pourrait donc considérer que nous sommes face à un programme révolutionnaire qui va transformer la politique et la situation de la Grèce. A mon sens, il s’agit pourtant d’un programme populiste et démagogique et il est peu probable que ce parti ait les moyens d’appliquer ce qu’il propose. Cela va surtout, je crois, être une grande déception pour la population grecque qui va s’apercevoir rapidement que ce programme est intenable. N’oublions pas que la Grèce a aujourd’hui un taux d’endettement qui s’élève à 175% de son PIB. Avec une dette publique aussi élevée, comment le gouvernement dirigé par Syriza compte-t-il financer toutes ces mesures, hormis en s’endettant encore davantage ? Même s’il prétend qu’il va dégager des fonds en luttant contre l’évasion fiscale et en réaffectant un certain nombre de ressources issues du programme européen, tout cela me semble improbable et irréaliste. C’est donc une politique qui n’aura pas les moyens de sa mise en œuvre et malgré ce qu’affirme Alexis Tsipras, la Grèce ne pourra pas faire exactement ce qu’elle souhaite car elle fait encore partie de la zone euro et de l’UE.

Le parti d’extrême droite Aube Dorée reste la 3e force politique du pays. Peut-on craindre une nouvelle ascension ou ce report des forces vers la gauche va-t-il y mettre un point d’arrêt ?

On peut effectivement craindre qu’il continue à progresser, comme il le fait depuis les élections de 2012. Et la croissance de l’extrême gauche, illustrée par Syriza, ne va pas forcément empêcher celle, en parallèle, d’Aube Dorée. En effet, les deux partis présentent des programmes différents, notamment sur la question de l’immigration. Le sujet préoccupe fortement une partie de la population et Aube Dorée détient sur cette problématique un véritable monopole. La coalition de gauche ne se positionnant pas sur la question, cela permet à Aube Dorée de continuer de croître. Cependant, c’est un parti ultra-radical, le plus virulent de la grande famille de l’extrême droite européenne, et il est coutume de le qualifier de parti néo-nazi. C’est ce positionnement idéologique trop extrême qui empêche le parti de croître de manière exponentielle.

Qu’est-ce que cette élection pourrait changer au niveau européen ?

Le président de Syriza, Alexis Tsipras, est très clair sur son intention de renégocier la dette grecque et de mettre fin à l’austérité en Grèce. Il va donc inévitablement provoquer des débats et des négociations entre la BCE, le FMI, la Commission européenne et le gouvernement grec. La question est en fait de savoir s’il parviendra à ses fins. Là encore, on peut considérer qu’il est peu probable qu’il parvienne à effacer même une partie de la dette grecque car si la BCE cédait sur ce point, elle ouvrirait la boîte de Pandore. En effet, d’autres pays, comme l’Espagne, seraient intéressés par une telle démarche et on peut alors imaginer que d’autres souhaiteraient à leur tour une renégociation ce qui serait catastrophique pour l’UE. Par contre, tout cela pourrait avoir comme conséquence un rééchelonnement de la dette grecque, à défaut d’une annulation pure et simple et donc une politique de remboursement un peu différente de ce qu’elle est aujourd’hui. Je ne pense donc pas que cela provoquera une modification radicale du mode de fonctionnement européen qui reste une communauté de droits reposant sur des traités adoptés par ses Etats-membres. En outre, si la Grèce ne rembourse pas sa dette, elle pourrait mettre en péril la stabilité et la crédibilité de la zone euro. L’UE serait alors en droit de lui demander de choisir.
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