ANALYSES

« Charlie Hebdo », le Qatar et les barbares : dépassons l’émotion. Place à la réflexion

Presse
17 janvier 2015
Le week-end dernier, 4 millions de Français sont descendus dans la rue pour dire leur attachement à la démocratie après les attaques qui ont fait 17 victimes depuis le 7 janvier. La mobilisation est inédite. Pour Éric Vernier, directeur de l'Irsi et chercheur à l'Iris, il est temps de faire quelque chose de cet élan national.

Fils de Reiser, de Cabu et de Wolinski, parce que lecteur assidu de "Charlie Hebdo" et "Hara-Kiri" depuis mon adolescence, parce que formé par l’insolence et l’intelligence de leurs dessins, parce qu’élevé à la liberté de leurs écrits, je pense qu’il est temps aujourd’hui, après le rassemblement de millions de citoyens ce dimanche 11 janvier 2015, désormais historique, de dépasser le stade de l’émotion, légitime, et de passer à celui de la réflexion, nécessaire.

Car si les défenseurs de la République ont manifesté leur rejet de la haine et de l’intolérance, nous avons le devoir d’entamer une démarche réflexive pour que cette réponse à la barbarie ne soit pas vaine et sans lendemain.

Je veux donc revenir sur trois points, non exhaustifs mais essentiels. Car si le peuple s’exprime, l’État doit l’entendre. Les signes dataient de plusieurs années, les mises en garde étaient nombreuses, mais par peur, par hypocrisie ou encore par démagogie, les gouvernements successifs ont plongé dans le déni ou le mensonge.

Les organisations terroristes n'ont qu'un but : l'argent

La tuerie au journal "Charlie Hebdo" doit d’abord nous rappeler une réalité : sous couvert de religion et de croyance, ce sont en fait de simples mafias spécialisées dans le trafic de drogue, d’armes et d’êtres humains, qui leurrent des jeunes en mal d’action et d’idéal.

Le seul dieu des chefs d’Al-Qaïda, Daech et autres groupuscules d’assassins, c’est l’argent et accessoirement le pouvoir.

Que les jeunes attirés par leur discours simpliste ne s’y trompent pas. En servant aveuglément ces barbares, ils ne serviront aucun dieu, seulement la cupidité. En tuant au nom d’Allah, ils bafoueront le Coran. En se sacrifiant, ils magnifieront le mépris, le cynisme et l’horreur.

Or que demandent certaines de nos élites politiques ? Notamment que les musulmans se désolidarisent publiquement de ces fous et ces crétins. Cet amalgame perpétue la haine, la bêtise et l’incompréhension entre les hommes.

Il n’a jamais été question que les Allemands se démarquent officiellement d’Hitler. Il n’a jamais été exigé que les catholiques demandent pardon à Jeanne d’Arc et renient l’évêque Cauchon. Il n’a jamais été attendu de la gauche qu’elle réfute officiellement les attentats d’Action directe.

Non, les tueurs et leurs commanditaires n’ont rien à voir avec telle ou telle communauté (même si le silence de certains membres de ces communautés, voire leur soutien aux extrémistes, existe). Ils doivent être combattus comme de simples chiens enragés avides de sang. Ce constat d’une criminalité déguisée en combat religieux nous amène cependant aux deux analyses suivantes.

On ne peut pas dénoncer les attentats et ouvrir les bras au Qatar

Depuis des années, le gouvernement français accorde des cadeaux mirobolants aux pays du Golfe, et plus particulièrement au Qatar. Les impôts sur les plus-values dégagées par les investissements immobiliers sont offerts aux Qataris. D’autres incitations fiscales et des subventions leur sont proposées pour les pousser à investir dans notre pays.

Or qui sont ces Qataris ? Ils participent en masse au financement des groupes mafieux que je viens de citer et que nous retrouvons en Syrie, perpétrant les pires abominations et en lien direct avec les jeunes terroristes français. Ils aident les associations du Nord de Paris, souvent à l’origine du lavage de cerveau des adolescents en déshérence, guidés vers la radicalisation religieuse. Et parallèlement, ils appuient les imams les plus intolérants et appelant au djihad.

Le Qatar n’est pas le pays propre que certains veulent bien décrire. Leur richesse ne provient pas seulement du pétrole mais aussi du trafic international et du blanchiment d’argent sale grâce à des autorités corrompus, des banques opaques et des réseaux criminalo-religieux.

On doit agir et casser le politiquement correct

La seconde analyse découle du processus d’enrôlement retenu par les djihadistes, identique à tout prosélytisme extrémiste. Les sergents recruteurs ciblent des jeunes sans travail et avec un bagage intellectuel et culturel des plus pauvres. Sans vouloir seulement paraphraser Victor Hugo, nous ne lutterons efficacement contre le phénomène décrié que lorsque nous construirons plus d’écoles que de prisons, plus de théâtres que de maisons de redressement.

La plupart des jeunes fous de Dieu ont été formés en prison où ils étaient enfermés pour des délits de droit commun. Les récentes photos qui circulaient sur internet montrent la porosité des prisons, à la drogue, aux armes, aux téléphones portables… et aux idées délétères.

Et arrêtons d’accepter les coups de canif permanents dans les fondements de la laïcité au nom de la tolérance et de la paix sociale. Pourquoi en effet, même si cela paraît anecdotique, autoriser la suppression du porc dans les cantines scolaires et professionnelles ? Pourquoi débattre sur d’éventuels nouveaux jours de congés basés sur la religion ? Pourquoi accepter que des entreprises soient obligées de s’adapter aux contraintes du Ramadan ? Pourquoi tolérer le niqab dans l’espace public ?

Par ailleurs, ne commençons pas non plus, au prétexte que nous venons de trouver un ennemi commun, à oublier la position liberticide et intolérante du Front national, à enterrer les exactions de Poutine en Ukraine, à fermer les yeux sur les crimes du Hamas ou de Tsahal.

Non, le rassemblement républicain ne doit pas devenir un ramassis de bons sentiments où les pires salopards dénoncés par Charb et Tignous osent clamer :

"Je suis Charlie."

Depuis des années, la fameuse liberté d’expression a été piétinée à travers le monde sans que personne ne s’offusque, en dehors en France de quelques intellectuels (universitaires, philosophes,…), quelques journalistes (de "Charlie Hebdo", de Médiapart,…), quelques artistes (Ribes, Timsit,…) et très peu de politiques.

Nous voilà en tout cas très loin de "l’émotion" suscitée par le livre de Valérie Trierweiler et qui avait concentré tous les débats de ces derniers mois.