ANALYSES

« La riposte est dans le renseignement »

Presse
15 janvier 2015
Quel crédit convient-il d'accorder à la revendication des attentats du 7 janvier par al-Qaïda au Yémen ?
C'est, en tout cas, crédible, même s'il convient de vérifier. Mais, en l'état des informations dont on dispose, on ne sait pas si ces tueurs ont été mandatés par al-Qaïda au Yémen pour perpétrer cet attentat, ou si, partageant la même philosophie, al-Qaïda profite de leur action pour labéliser ces tueurs et s'attribuer le bénéfice médiatique de leur action. En tout cas, il existe clairement un lien idéologique entre les assassins et al-Qaïda.

Parmi les responsables politiques qui ont manifesté dimanche, on comptait essentiellement des représentants du monde occidental. L'absence, ou la rareté, des représentants des pays du Sud, du Moyen-Orient, n'est-elle pas le signe d'une nouvelle coupure du monde en deux ?
Non, parce que tout le monde était représenté. Il est logique que les représentants de l'Union européenne aient été les plus nombreux. Par ailleurs, certains pays arabes avaient une difficulté à venir en soutien d'un journal qui a publié des caricatures du prophète. On peut, au demeurant, faire reproche à ceux qui ont manifesté alors que leurs régimes ne sont pas respectueux de la liberté de la presse. Finalement, l'absence la plus remarquée aura été celle du président des États-Unis.

Obama a-t-il eu tort de ne pas venir à Paris, le 11 janvier ?
Disons qu'il est plus rapide de venir de Berlin que de Washington. En termes de communication, c'était une erreur. Mais en termes de coopération politique, cela n'aura pas de répercussion directe. Existe-t-il une riposte adaptée à la guerre terroriste ? Il faut vivre avec cette menace, comme nous vivons avec la menace de catastrophes aériennes. Il faut être vigilant, sans céder à la panique. Céder à la panique conduirait à faire gagner ceux qui veulent porter atteinte à notre mode de vie. La riposte à cette guerre terroriste est d'abord dans le renseignement plutôt que dans la refonte de notre législation. Dix-sept morts en France, 2.000 au Nigéria, victimes de Boko Haram. On parle de carnage à propos de l'assassinat dans les locaux de Charlie Hebdo. N'y a-t-il pas deux poids deux mesures en matière d'indignation ? L'émotion à la suite des 17 morts en France est venue éclipser le reste. Et, de fait, on se sent toujours plus concerné par ce qui se passe chez nous que par ce qui se passe loin de chez nous.

© Le Télégramme
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