ANALYSES

Corée du Nord : « L’affaire Sony pourrait aboutir à de nouvelles provocations de Kim Jong-un »

Presse
23 décembre 2014

Peut-on tenter d'imaginer comment Kim Jong-un a-t-il réagi en apprenant le scénario de "L'interview qui tue !", comédie parodique envisageant son assassinat ?


Essayer de se mettre à la place des autorités nord-coréennes, dont le mode de réflexion et les sensibilités sont, par nature, quelque peu atypiques, est toujours un exercice délicat. En l'espèce, on ne prend cependant guère de risque de se tromper en estimant que le régime nord-coréen, et à plus forte raison l'intéressé Kim Jong-un, n'ont pu que prendre ce projet de film américain comme une atteinte très grave à sa dignité.


La moquerie est insoutenable en l'état, notamment pour Kim Jong-un et son autorité auprès des 25 millions de Nord-Coréens. Rappelons qu'il est dépeint dans cette satire hollywoodienne, entre autres excès, comme un dictateur vivant dans une invraisemblable débauche de luxe.


Un désir de vengeance est-il alors plausible ?


Très certainement. Attenter par les caricatures au crédit de Kim Jong-un -lequel célèbre tout juste son 3e anniversaire à la tête de ce régime des plus isolés internationalement - ne pouvait demeurer impuni et sans réaction de la part d'un gouvernement déjà très défiant en ‘'temps normal''.


Même en l'absence de communication officielle dépassionnée sur le sujet, le message des autorités nord-coréennes est assez limpide : une ligne rouge existe et on ne malmène pas sans impunité l'image et les compétences du petit-fils du fondateur de la République Populaire Démocratique de Corée.


Les Etats-Unis accusent la Corée du Nord d'être à l'origine des attaques contre Sony. Le régime de Pyongyang a-t-il les moyens techniques et humains pour mener une telle cyber-attaque ?


Aucun observateur de cet irascible et imprévisible régime ne peut prétendre connaître par le menu le détail de l'arsenal nord-coréen dédié aux actions, attaques et piratages électroniques et informatiques ciblant "l'hostile monde extérieur''.


Les services de renseignements étrangers -américains et sud-coréens notamment- se font cependant l'écho depuis quelques années de l'existence de capacités techniques, humaines et matérielles nord-coréennes substantielles dans ce domaine. Mais sans qu'il soit bien entendu possible d'en vérifier la véracité.


Plus globalement, cette affaire Sony, plutôt anodine à l'origine par rapport aux autres contentieux (comme celui du nucléaire) entre les Etats-Unis et la Corée du Nord, pourrait-elle mener à un nouveau bras-de-fer diplomatique ?


Oui, sans l'ombre d'un doute. Et ce d'autant plus que Pyongyang est actuellement dans l'œil du cyclone du concert des nations et son régime aux abois. Certes, la situation est assez familière. Mais elle est néanmoins quelque peu différente cette fois.


Le Conseil de sécurité de l'Onu doit en effet bientôt examiner l'opportunité d'une éventuelle poursuite des responsables politiques nord-coréens -dont mécaniquement Kim Jong-un- devant la Cour pénale internationale pour violation des droits de l'homme. Cette première historique déplait évidemment fort au régime, même s'il sait pouvoir compter sur le soutien (et le droit de véto) de Pékin et de Moscou pour repousser pareille mésaventure.


Quelles pourraient être les conséquences de cette crispation ?


Gelés depuis 2008, les ‘'pourparlers à six'' (Corée du Nord, Corée du Sud, Etats-Unis, Chine, Japon, Russie) sur le désarmement nucléaire nord-coréen -dont Pyongyang souhaiterait ardemment la reprise- ne sont pas à l'avant-veille, dans le contexte de tension présente, d'être exhumés.
On ne peut davantage s'attendre à court terme à une quelconque inflexion positive dans la complexe et heurtée relation intercoréenne. Pyongyang a en effet coutume d'associer Séoul à Washington lors des (fréquentes) périodes de crispation avec l'administration américaine.


Quelles actions concrètes Kim Jong-un pourrait-il quant à lui décider de mener ?


Familiers de l'exercice, des responsables nord-coréens laissaient entendre il y a quelques jours que l'atmosphère actuelle et les attaques dont faisait l'objet le régime étaient propices à une réaction spectaculaire. Cet accès de tension coïncide en outre avec la période de fin de deuil -trois ans- de Kim Jong-il, le père de Kim Jong-un. C'est donc l'occasion idéale pour ce dernier de (re)démontrer à la population nord-coréenne et au monde extérieur l'autorité du régime et son aptitude à ne pas s'en laisser compter par quelque capitale (occidentale) que ce soit.


Ce qui pourrait passer par une possible nouvelle provocation militaire en mer Jaune face à la marine de Corée du Sud, à de nouveaux tests balistiques ou, plus grave et provoquant encore, à un éventuel quatrième essai nucléaire. Sur ce point, on ne note toutefois pas d'inflation d'activité particulière sur les sites atomiques connus.

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