ANALYSES

« La France reste influente »

Presse
5 janvier 2015
En décembre, le Président Hollande a rencontré Vladimir Poutine. A-t-il eu raison ?
Le chef de l'Etat français était dans son rôle. C'est parce qu'on a des désaccords avec Poutine qu'il faut parler avec lui. La diplomatie sert à cela

Dans le même temps, la France refuse de livrer les porte-hélicoptères que la Russie lui a commandés…
Si la France livrait les matériels en l'état actuel, cela passerait pour une trahison de la famille occidentale, et ulcérerait beaucoup de nos alliés européens. Mais, par ailleurs, notre refus d'honorer la commande mettrait à mal notre crédibilité et nous coûterait cher, de l'ordre de cinq milliards de dollars. Dans ce bras de fer diplomatique, il faut donc choisir la moins mauvaise solution. L'intérêt européen n'est pas de pousser les Ukrainiens à la surenchère.

Assiste-t-on à un retour de la Guerre froide ?
Certaines déclarations rappellent la propagande de la Guerre froide. Mais le monde a changé. On n'a plus, face à face, deux blocs de taille équivalente, répartis sur les cinq continents, avec le risque d'une guerre nucléaire. On assiste plutôt au retour des rivalités nationales traditionnelles, économiques et stratégiques.

On parle de déclin américain. Quelle est la part de responsabilité de Barack Obama ?
Le déclin relatif des Etats-Unis correspond davantage à l'émergence d'autres parties du monde. Les Américains sont impuissants à régler le conflit entre Israéliens et Palestiniens, impuissants en Syrie, etc. Mais ils avaient déjà connu l'échec en Irak et en Afghanistan, et Obama n'était pas en cause. Celui-ci a voulu tourner la page de l'ultra interventionnisme des USA. Ses réticences à se lancer dans de nouvelles interventions militaires sont plutôt à mettre à son crédit. Et si l'accord avec l'Iran aboutit, ce sera certainement son plus grand succès.

La France participe à ces discussions avec l'Iran. Quelle est la place de notre pays, aujourd'hui, dans le concert des nations ?
II y a deux tentations extrêmes : dire que la France n'a plus aucun rôle, ou bien qu'elle est assez puissante au contraire pour agir seule. Ni l'une, ni l'autre ne sont exactes. Mais la France est capable de proposer des solutions et de participer à des majorités. Elle reste visible et influente.

Sur le plan militaire, en Afrique, la France est-elle à sa place ? Que se serait-il passé si la France n'était pas intervenue ?
Au Mali, les djihadistes auraient pris Bamako. En République Centrafricaine, on risquait une guerre civile qui aurait pu déboucher sur un génocide. La France a prouvé qu'elle pouvait réagir vite et bien. Les deux interventions se sont faites à la demande des gouvernements concernés, avec le soutien des pays voisins, l'assentiment des populations et le feu vert des Nations Unies. Intervenir en Syrie, en revanche, aurait été une erreur. La France se serait trouvée isolée et prise dans un engrenage incontrôlable.

Face aux extrémistes islamistes, 2015 est-elle l'année de tous les dangers ?
Face aux radicaux, la meilleure réponse est d'abord de ne pas faire d'amalgame avec les musulmans. Pour le reste, par définition, le terrorisme peut frapper à tout moment. II faut être vigilants, sans vivre dans la panique quotidienne. L'an dernier, l'Europe a subi sept attentats islamistes, contre plus de 90 concernant l'Irlande du Nord et la Corse.

L'année sera marquée par la conférence sur le climat à Paris. La France peut-elle peser ?
L'enjeu est important pour l'avenir de la planète. Cette conférence sera un marqueur essentiel pour le quinquennat diplomatique de François Hollande. Si un accord contraignant est signé, la France ne pourra pas s'en attribuer seule le succès, mais ce sera bel et bien une victoire.
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