ANALYSES

Que retenir de 2014 ?

Interview
22 décembre 2014
Le point de vue de Pascal Boniface

Le bilan de l’année 2014 n’est guère réjouissant. Il s’agit d’une année géopolitique inquiétante. On a connu bien plus de mauvaises nouvelles que de lueurs d’espoirs. Les conflits apparus en 2014 devront être gérés dans les années à venir.


Crise ukrainienne


La crise ukrainienne, ainsi que le bras de fer qui s’est ensuivi entre les Occidentaux et la Russie, sont indéniablement les points les plus inquiétants de l’année écoulée. Un changement territorial illégal est ainsi intervenu en Europe avec l’annexion unilatérale de la Crimée par le gouvernement russe. Ce n’est certes pas le premier changement territorial en Europe : après une intervention militaire, le Kosovo a acquis son indépendance à la suite d’un conflit armé, mais il n’a pas pour autant été occupé par une puissance de l’OTAN.
On est aujourd’hui dans une situation qui tient avant tout à une mauvaise sortie de la guerre froide : les Occidentaux et les Russes n’ont ainsi pas réussi à trouver le moyen d’entretenir des relations normalisées. On ne pourra cependant pas rester éternellement dans cette situation car l’Ukraine risque de s’enfoncer plus encore dans la crise et il faudra bien que quelqu’un règle la note. La Russie et les Occidentaux sont dans l’obligation de normaliser leurs relations mais de façon pacifique et sur un pied d’égalité. Il est fondamental que Moscou soit vu comme un partenaire et non comme le vaincu de la guerre froide, et qu’il cesse de privilégier les solutions de force.


Le conflit israélo-palestinien


Le conflit israélo-palestinien ne s’est quant à lui pas apaisé au cours de l’année 2014 et a, au contraire, repris de plus belle, avec en point d’orgue la guerre de Gaza de cet été que les civils palestiniens ont payé au prix fort. Ce nouvel embrasement signifie l’échec de la voie de la négociation car on s’aperçoit que les tractations diplomatiques sont, depuis 2001, un moyen de gagner du temps pour le gouvernement israélien, et de masquer sa volonté de conserver la plus large part possible des territoires palestiniens. On peut se demander si la communauté internationale va enfin se décider à bouger. On a certes pu observer une vague de reconnaissance de la Palestine mais, tant que les États-Unis ne bougeront pas, les Israéliens ne changeront pas de ligne de conduite. Le pessimisme semble donc de mise pour l’année 2015. On peut même envisager qu’un gouvernement israélien encore plus à droite émerge des élections législatives de mars 2015. A court terme, Israël ne craint rien mais cela risque d’être bien différent sur le long-terme, ce dont des Israéliens - certes hélas minoritaires - sont conscients.
L’année 2014 aura également marqué un pic dans l’impopularité d’Israël. Une fois encore, l’Etat hébreu a remporté la guerre sur le plan militaire mais a vu son image à l’international en pâtir durement. L’invocation de l’antisémitisme pour expliquer la dégradation de l’image d’Israël n’est pas soutenable : un véritable divorce s’est opéré entre les opinions publiques et le gouvernement israélien. Si les gouvernements occidentaux ne se sont pas encore désolidarisés de sa cause, on s’aperçoit cependant que son soutien auprès des opinions publiques fond comme neige au soleil.


Escalade des tensions entre la Chine et le Japon


Au cours de l’année écoulée, on a pu craindre une escalade des tensions entre la Chine et le Japon du fait de leur bras de fer pour le contrôle des îles Senkaku. En novembre, on a cependant pu observer un rapprochement favorable entre les deux parties grâce à la réunion en marge du Sommet de l’APEC entre le président chinois et le premier ministre japonais. Ce dernier doit prendre garde à ne pas raviver les tensions en poursuivant son projet de révision de la Constitution japonaise et de son article 9, ce qui risquerait de créer un cercle vicieux et entraînerait de nouvelles crispations avec la Chine, mais aussi avec la Corée du Sud.


L’essor de l’organisation de l’Etat islamique


Enfin, l’essor de l’organisation de l’État islamique est indéniablement l’un des points centraux de l’année 2014 : on paye ici le prix de la guerre de 2003 contre l’Irak ainsi que de la guerre civile syrienne. Il faut cependant veiller à ne pas exagérer le danger que ce groupe représente : il fait peser une menace sur les populations de la région mais n’en représente pas une aussi importante pour les pays occidentaux. Il convient plus généralement d’analyser de façon plus maîtrisée l’étendue de la menace terroriste.

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