ANALYSES

Conférence à Lima sur le climat : un nouveau rendez-vous sacrifié ?

Interview
16 décembre 2014
Le point de vue de Bastien Alex

Quels sont les principaux enseignements de la conférence sur le climat qui vient de s’achever ce weekend à Lima ? Quelle sera la portée du document final adopté ?


Le texte issu des négociations s’est révélé, une fois de plus, assez décevant par rapport aux enjeux. S’opposent systématiquement les déclarations alarmistes et volontaristes de la plupart des États et le comportement qu’ils adoptent durant les négociations sur le climat. Le document final se contente donc bien souvent de réaffirmer ou de reconfirmer des éléments de diagnostic (l’origine anthropique du dérèglement climatique, etc.) ou des principes de base (les parties sont favorables à un accord global juridiquement contraignant, le Fonds vert sera abondé par les pays développés, des contributions à l’effort de réduction de gaz à effet de serre – GES – seront présentés, etc.) auxquels tous les parties agréent. Il est cependant difficile de considérer le seul maintien d’un agrément sur les principes et objectifs des négociations comme un réel succès. Les discussions sur les éléments contraignants, la méthode de comptabilisation des émissions, la transparence et le contrôle de l’atteinte des objectifs de réductions n’ont donné que peu de résultats, ce qui constituait pourtant un objectif majeur dans la préparation du texte, que les parties auront à négocier l’année prochaine lors de la COP21, organisée à Paris.


Pourquoi est-il aussi difficile pour les États de se mettre d’accord sur un texte juridiquement contraignant ? L’objectif de limiter la hausse des températures à 2°C est-il toujours réaliste ?


La difficulté provient en grande partie du manque de confiance entre les parties concernant les deux grands objets de la négociation : les contributions nationales à l’effort de réduction des émissions de GES et le financement des mesures d’adaptation au changement climatique. Les pays développés disent être prêts à formuler des objectifs notables sur le premier objet mais demandent aux pays en développement d’y participer, en raison notamment de la croissance importante des émissions de ces derniers. De leur côté, les pays en développement acceptent de participer à l’effort de réduction mais exigent en contrepartie une garantie des pays développés sur l’alimentation du fonds vert censé financer les nécessaires mesures d’adaptation mais aussi d’atténuation. Le climat de méfiance généralisé, créé par l’accumulation de promesses non tenues – sur les 100 milliards prévus pour le fonds vert d’ici 2020, seuls 10,2 ont pour l’instant été mobilisés et le flou persiste sur ce qui se passera après cette échéance – ne permet pas aux négociations d’avancer sereinement. Dans ces conditions, l’objectif de limiter le réchauffement à 2°C d’ici la fin du siècle semble sévèrement compromis.


Au vu des difficultés des parties à se mettre d’accord, peut-on être optimiste en vue de la COP 21, qui doit avoir lieu à Paris à la fin de l’année 2015 ?


Nombre de signaux optimistes avaient été évoqués avant la COP20, qui vient de s’achever : un sommet des chefs d’État à New York intéressant en septembre, une contribution importante de l’Union européenne à travers l’adoption le 24 octobre de son paquet énergie climat 2030, un accord sino-américain portant sur des réductions d’émissions le 12 novembre et une conférence des donateurs pour le Fonds vert les 19 et 20 novembre, qui avait quasiment permis d’atteindre les 10 milliards. Pour autant, les minces espoirs suscités par ce faisceau de signaux positifs ont rapidement été douchés par la tournure qu’ont pris les négociations de Lima. Le calendrier de communication des contributions nationales, établi lors de la COP 20, ne laisse en effet rien présager de bon, sachant que les Etats, « qui le peuvent », sont invités à remettre leurs copies au 31 mars 2015 puis, au plus tard pour les autres, au 31 mai 2015. Le secrétariat de la Convention climat aura alors à charge de produire une synthèse de ces contributions pour le 1er novembre 2015, soit moins de quatre semaines avant l’ouverture de la COP21, qui se déroulera du 30 novembre au 11 décembre. La différence entre les efforts que les Etats auront proposé de faire et ce qu’il sera nécessaire de réaliser – c’est-à-dire la répartition de l’effort supplémentaire à fournir – sera alors l’objet de négociations, qui s’annoncent extrêmement complexes. Un engouement autour de la nécessité d’aboutir à un accord en 2015 persiste mais les interrogations sur la pertinence de son contenu au regard du problème posé n’ont pas encore été dissipées. L’implication des acteurs non-étatiques (collectivités territoriales, entreprises, ONG, etc.) qui s’accélère pourrait alors passer, dans cette configuration, du statut de complément aux négociations internationales à celui d’outil principal pour lutter contre le changement climatique. Face à des pourparlers internationaux qui s’essoufflent, se pose ainsi, plus que jamais, la question de la méthode. Le défi est de taille.

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