ANALYSES

Conférence de l’ONU sur le climat à Lima : les signaux positifs vont-ils se confirmer ?

Interview
2 décembre 2014
Le point de vue de Bastien Alex

Faut-il attendre des annonces à Lima (et éventuellement à Paris l’année prochaine) de certains pays pouvant apporter leur contribution au Fonds vert pour le climat ?


On attend et on espère évidemment des annonces à Lima, notamment au sujet des fameuses contributions aussi bien sur le plan des réductions d’émissions que sur celui de la dotation du Fonds vert. Rappelons que les Etats sont encouragés à fournir, s’ils le souhaitent, des contributions – et non des engagements – au printemps 2015. On attend notamment le positionnement de l’Inde qui ne s’est pas encore exprimé officiellement depuis le faisceau de signaux positifs (engagements importants de l’Europe le 24 octobre, accord sino-américain le 12 novembre et conférence des donateurs du Fonds vert le 20 novembre). La conférence de Lima sera également l’occasion de discuter de ce qui sera contraignant ou non dans le nouvel accord qui devra être conclu au Bourget l’année prochaine.


En 2010, Ban Ki-moon avait déclaré l’objectif de 100 milliards de dollars par an pour 2020 "difficile, mais réalisable". Cet objectif paraît-il toujours réaliste alors que la plupart des pays développés ont déjà annoncé leur contribution, et que le fonds n’a récolté que 9,3 milliards de dollars pour l’instant ?


C’est difficile à dire. On se félicite aujourd’hui d’avoir pu quasiment atteindre l’objectif des 10 milliards de dollars à la fin de l’année, alors que nous sommes encore loin du montant global espéré. Lima nous en dira plus à ce sujet mais il va falloir que les différents protagonistes donnent des garanties solides pour que la mécanique s’enclenche. Il est trop tôt pour le dire. Il est prévu que soient sollicités des pays non parties à la convention, des entités publiques et privées, dont les entreprises, et des fondations philanthropiques. Cependant, ces aspects seront discutés à Lima avec les gestionnaires du fonds, les Etats et les partenaires potentiels.


Les Etats qui contribuent au Fonds vert ont-ils un intérêt politique, voire géopolitique à le faire ?


Les Etats ont des intérêts à contribuer dans le sens où le coût de l’inaction est considéré, dans les différents rapports publiés sur le sujet, comme plus important à terme, c’est-à-dire que si rien n’est fait aujourd’hui, l’impact économique du changement climatique pourrait être très important sur le PIB mondial. Le principe de responsabilité commune mais différencié explique en partie cet engagement des pays développés qui doivent donner des gages aux émergents de leur investissement dans le processus de financement de l’adaptation et de réduction des émissions pour avoir des engagements de leur partenaire du Sud. La Chine n’aurait certainement pas annoncé d’objectifs – même si l’on peut en discuter la portée – si elle n’avait pas négocié un accord avec les Etats-Unis en amont. Au-delà du devoir moral qui est rarement une grille d’analyse pertinente, ce sont bien le principe de réalité et l’évolution des rapports de force internationaux qui expliquent ces annonces qui ont plutôt profité au Fonds vert puisque que le Japon a suivi, l’Espagne tout récemment, portant le capital à 9,7 milliards de dollars. Le principal frein aux négociations restait l’absence de perspectives pour les Etats parties lié au silence des Etats-Unis et de la Chine sur le sujet. On attend maintenant les déclarations du Brésil et surtout de l’Inde.

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