ANALYSES

La Turquie et le syndrome du traité de Sèvres

Presse
21 novembre 2014

Après la guerre de 1914-1918, la Turquie s'est retrouvée du cote des vaincus et en a payé le prix par une réduction de son territoire. Mais cela n’est pas directement lié aux accords Sykes-Picot. Au moment de leur signature, en 1916, la Turquie était déjà largement amputée par la présence des armées britannique, française et italienne qui occupaient plusieurs régions et soutenaient les révoltes arabes. De plus, les Grecs cherchaient à s'émanciper à l'Ouest, les Kurdes à l’Est.


Après la défaite germano-turque, le traité de Sèvres, en 1920 prévoit de partager l’Empire ottoman entre les Européens, les Kurdes et les Arméniens. II ne sera jamais appliqué en raison de la résistance de Mustafa Kemal qui a porté un coup d'arrêt à l'avancée des Alliés sur le terrain. Les accords Sykes-Picot qui étaient à la base de ce traité, ne seront appliqués qu'aux parties arabes de l'empire (Syrie, Liban, Egypte, Irak). Sinon la Turquie aurait été réduite à une petite portion de territoire autour d’Ankara ce qui était inacceptable pour le peuple turc qui s’est rallié à Mustafa Kemal pour faire reculer les troupes françaises et britanniques et imposer un nouveau traité, celui de Lausanne en 1923 où il n’était plus question d’un Etat kurde.


Par la suite, ni Mustafa Kemal, ni ses successeurs n'ont revendiqué de modification des frontières sauf le Sandjak d'Alexandrette, rattaché à la Syrie sous mandat français mais rétrocédé par la France sous le Front populaire, sous prétexte qu'il aurait été à majorité peuplé de Turcs. En fait, il s’agissait de réintégrer la Turquie dans le concert des nations alors que des bruits de bottes se faisaient à nouveau entendre du côté de l'Allemagne.


Ce qui me semble fondamental, c'est que la Turquie souffre toujours aujourd’hui du syndrome du traité de Sèvres : l'idée qu’elle est entourée d'ennemis qui ne lui veulent que du mal et qu’elle doit se méfier de tout le monde. Ce qui explique peut-être en partie l'attitude actuelle du président Recep Tayyip Erdogan.

Sur la même thématique
La politique arabe de François Hollande
La menace djihadiste