ANALYSES

Tunisie : « Le pays où l’espoir est permis »

Presse
23 novembre 2014
L’élection présidentielle, aujourd’hui en Tunisie, la première officielle depuis le départ de Ben Ali en janvier 2011, vient clore la première période de la transition. Khadija Mohsen-Finan (*), spécialiste du Maghreb, chercheur à l’Institut de relations internationales et stratégiques, trace les grandes lignes de ce long chemin vers la démocratie.

Autant de candidatures, cela traduit-il un éclatement du champ politique, ou est-ce un aspect « folklorique » de ces élections ?

Il y a un côté folklorique, oui, parce qu’il n’y a pas cette culture de la démocratie. Les gens se disent « c’est possible, pourquoi je n’essaierais pas de me présenter ». Mais ce n’est pas que ça. Pour les anciens du régime Ben Ali, c’est une façon de se remettre en scène, de banaliser leur posture.

Pour les formations de gauche, comme le Front populaire, il s’agit de faire sa propre mutation et d’être présent sur la scène politique. Pour les partis démocrates, il s’agit de ne pas disparaître. Et pour les nouvelles formations, c’est une compétition, une lutte pour le pouvoir. Elles veulent désormais peser sur la prise de décision.

Ces élections peuvent-elles répondre aux aspirations nées de la révolution ?

Non, bien sûr, on n’y a pas répondu ! Les réformes n’ont pas été faites, les conditions économiques et sociales se sont aggravées, la justice transitionnelle post Ben Ali ne s’est pas opérée. Il y a un souci du changement, mais le changement n’est pas réel et pas palpable pour tous, si ce n’est dans la liberté d’expression.

La première tranche de la transition devait conduire le pays vers les élections et une Constitution, il y a un autre horizon désormais : mettre en place un État de droit. Tout le monde serait alors protégé quelle que soit son obédience politique, quel que soit son projet de société. Et plus besoin non plus de figures, d’hommes providentiels. D’ailleurs, la Révolution s’est faite sans leader. C’est donc l’aspiration à des institutions qui était implicitement demandée.

La Tunisie constitue l’unique pôle de « stabilité » dans la région…

Ça reste l’endroit où l’espoir est permis, plus que le pôle de stabilité. Rien n’est stable aujourd’hui dans le monde arabe. Il y a de l’eau qui dort, et il faut s’en méfier. Il y a des torrents bouillonnants et sanglants. Et il y a des transitions qui se font dans le conflit, elles ne peuvent se faire que comme cela… Le consensus est contraire à la démocratie qui essaie de se mettre en place. L’atmosphère n’a pas été très violente, pourtant la région est traversée par les violences : des groupes terroristes comme Aqmi aux frontières, les armes dans une Libye chaotique… La violence est plus ou moins contenue, mais elle n’est pas totalement écartée.
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