ANALYSES

Les roms victimes de discriminations dans leur pays

Presse
2 septembre 2010
Jean-Yves Camus - La Vie
Il existe 57 minorités en Europe, dont celle des 12 millions de Roms. La liberté de circuler leur est-elle acquise ?

Oui, mais avec des restrictions pour les ressortissants des derniers pays entrés dans l'Union. La liberté de circulation est un pilier de la politique européenne. Comme l'a expliqué Eric Besson, ceux qui ne remplissent pas les conditions de recherche d'emploi sont expulsables mais peuvent revenir. En France, une liste de métiers leur est ouverte, pour lesquels il y a besoin de main-d’œuvre. S'ils ne trouvent pas de travail et n'ont pas de ressources, ils sont expulsables. Une disposition de la Convention de Schengen rend possible le rapatriement pour « situation de dénuement». On a vu le ministre roumain chargé de la minorité rom à Paris ces jours-ci : il s'est montré ferme mais conciliant, alors que la France ne prend pas de gants.


Ces minorités sont-elles victimes de discriminations, comme le dit notamment l'Onu, ces jours-ci ?

Elles sont souvent victimes, dans leurs pays, de discriminations structurelles, liées à l'éducation, l'emploi et le logement, en particulier les Roms de Bulgarie et de Roumanie. Quand ces Etats sont entrés dans l'Union européenne, Bruxelles a émis un avis fondé sur deux critères : leur capacité à mettre leurs institutions en phase avec les instances democratiques et leur capacité à passer à une économie de marché. Le second critère a été privilégié. Et on a fait l'impasse sur le pluralisme démocratique, les droits des minorités, l'équilibre des pouvoirs. Le sentiment général chez les libéraux était que, s'il y avait adaptation à l'économie de marché, les progrès en matière de droits de l'homme suivraient. Dans ces pays, où sont souvent enracinés des partis xénophobes, les minorités, à commencer par les Roms, sont mal considérées. Toutes les élites politiques de droite les tiennent pour des citoyens de seconde zone. Mais des efforts ont été faits. A Bruxelles, un poste de haut-commissaire à l'integration des Roms a été créé. La République tchèque s'est efforcée de les insérer davantage dans la société. Et le gouvernement roumain a demandé, il y a deux ans, un plan global d'insertion de la minorité rom.


Depuis 2007, l’UE a dépensé 150 millions d'euros dans un fonds social pour les Roms. La politique d'intégration est-elle inefficace ?

Elle est en tout cas insuffisante. Il ne faut pas seulement leur donner de l'argent, mais restaurer les droits fondamentaux de ces populations, tenues dans une situation d'infériorité juridique. En Europe occidentale, leur situation n'est pas idyllique, mais leurs droits civils sont assurés. Les problèmes de chômage et de discrimination poussent ces populations à quitter leur pays. L'Europe doit aussi songer que, si elle s'élargit, en intégrant la Serbie, la Macédoine, l'Ukraine, les Roms vont s'enrichir de nouveaux éléments issus de pays où la situation n'est pas meilleure

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