ANALYSES

Une nette évolution

Presse
26 septembre 2010
Slimane Zéghidour
Pourquoi est-il si difficile de parler de la guerre d'Algérie encore aujourd'hui ?

La guerre d'Algérie était une guerre pour l'indépendance, et donc une guerre civile et idéologique. Ce paramètre est à prendre en considération pour bien comprendre la position de la France, grande colonisatrice à l'époque et qui a dû renoncer à cette terre de l'autre côté de la Méditerranée, parce qu'elle y a été contrainte. Et plus que tout, l'Algérie était agitée par des tensions entre communautés et on parlait de « Révolution algérienne », d'insurrection, à l'époque.


Les Algériens étaient très partagés, tous n'étaient pas indépendantistes. Cela a-t-il compliqué les choses ?

Oui, la population n'était pas unie. Il fallait compter plusieurs tendances : certains défendaient les positions de la branche armée (ALN) du Front de libération nationale (FLN), d'autres étaient attachés à la France, et certains restaient indécis. Et à l'intérieur de ces clans, il y avait encore des tendances entre les partisans des actes de violence et les pacifistes.


Et au milieu de tout cela, apparaissent les harkis...

Comme à l'époque les habitants de l'Algérie faisaient partie de la France, lancer une guerre signifiait appeler des hommes, des soldats français et cela comprenait les ressortissants des colonies. C'est ainsi qu'on a fait appel à ceux qui seront vite appelés les « traîtres » par leurs compatriotes. C'était les harkis, les francophiles, des Algériens qui soutenaient le statu quo, et qui combattaient aux côtés des Français pour que l'Algérie reste française. Du coup, en effet, quand la guerre s'est plus ou moins achevée sur le cessez-le-feu du 19 mars 1962, il restait des défenseurs de la France parmi les Algériens en Algérie. Il n'y avait toujours pas d'unanimité, et de là naissent les tabous.


Le reproche à la France d'avoir abandonné ses sympathisants algériens après la guerre est-il justifié ?

D'autant plus que le cessez-le-feu n'a pas marqué l'arrêt des conflits et des règlements de compte. De nombreux Algériens ont été tués par des Algériens pour traîtrise. La France de son côté n'a pas tenu toutes ses promesses. Un rapport de l'ONU révèle que près de 260 000 musulmans dont 60 000 harkis se battaient du côté de la France. Et tous n'ont pas pu traverser la Méditerranée pour gagner le sol français. Ils ont pour certains été abandonnés à la vindicte du peuple. Certains n'ont pas survécu à cette situation délicate. Donc, d'une part l'armée française a été coupable d'exactions et de l'autre des Algériens ont eux aussi commis des actes répréhensibles.

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