ANALYSES

Italie : « Le phénomène Berlusconi est en train de mourir »

Presse
16 novembre 2010
Interview de [Fabio Liberti->http://www.iris-france.org/cv.php?fichier=cv/cv&nom=liberti] par Benoît Vitkine

Quatre membres du gouvernement de Silvio Berlusconi ont démissionné lundi. Gianfranco Fini, ancien allié du Cavaliere, tire les ficelles de cette crise politique. Pour Fabio Liberti, directeur de recherche à l'Institut de recherches internationales et stratégiques (IRIS), Fini est décidé à mettre fin à la carrière du premier ministre.


Cela fait plusieurs semaines que Gianfranco Fini annonce sa rupture avec Silvio Berlusconi. Avec la démission des ministres membres de son parti, on assiste enfin au passage à l'acte...

En septembre, Gianfranco Fini avait prononcé l'acte de décès du Peuple de la liberté, le parti qu'il a créé avec Silvio Berlusconi. Début novembre, il avait réclamé le départ du Cavaliere. La démission, lundi, des ministres appartenant à son nouveau parti – Futur et liberté – donne à cette rupture un caractère concret et quasi irréversible. Fini a définitivement quitté son habit d'enfant sage de la coalition, prêt à accepter tous les compromis.


Que cherche-t-il ?

Il y a d'abord une dimension personnelle dans ce conflit. Les relations entre les deux hommes sont très dégradées. Pendant tout l'été, les journaux de la famille Berlusconi ont lancé des affaires mettant en cause Fini, mais aussi sa compagne ou son beau-frère.

Fini sait surtout que l'Italie vit la fin d'une époque : le phénomène Silvio Berlusconi est en train de mourir. Les Italiens sont déçus par le bilan du premier ministre, lassés des scandales judiciaires et sexuels. Berlusconi apparaît désormais comme l'homme des années 1990 et Fini veut incarner une droite moderne, ouverte et intègre.

En provoquant la chute du Cavaliere, Fini fait le pari de ne pas tomber avec lui. Mais attention, il ne faut pas enterrer Berlusconi trop vite : il n'est jamais meilleur que lorsqu'il est au pied du mur... ou en campagne électorale.


Cette crise pourrait-elle déboucher sur des élections anticipées ?

C'est l'une des hypothèses envisagées, même si la situation est encore confuse. Officiellement, Fini propose à Berlusconi de former un nouveau gouvernement dans lequel son parti, Futur et liberté, aurait une place plus importante. Un gouvernement élargi aux centristes, aussi, et à quelques formations autonomistes du sud du pays.

Mais en réalité, ses députés ne voteront pas la confiance à Berlusconi, lors du vote prévu après l'adoption du budget dans les prochains jours, et le blocage est inévitable. Si le président de la République [Giorgio Napolitano] constate qu'aucune majorité ne se dégage, comme c'est probable, il prononcera la dissolution de l'Assemblée.

C'est d'ailleurs le scénario qu'espère Berlusconi. Il reste persuadé qu'il peut gagner des élections organisées au printemps prochain, alors que la gauche, elle, n'est pas prête.

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