ANALYSES

Les Européens doivent soutenir l’Etat palestinien

Presse
7 juin 2011
Pascal Boniface - La Croix

Barack Obama à son compte - s'opposant au vote à l'Assemblée générale n'est guère sérieux. Selon Benyamin Nétanyahou, toute précipitation dans la reconnaissance d'un État palestinien viendrait compromettre les négociations en cours. Or ces dernières ne produisent aucun résultat concret et semblent, à ce rythme, pouvoir durer encore plusieurs années avant de déboucher essentiellement sur un État palestinien, très réduit par rapport aux frontières de 1967 et sans Jérusalem pour capitale. L'argument consistant à dire que la réconciliation interne palestinienne empêche Israël de négocier du fait de la présence du Hamas, n'est guère plus crédible. Auparavant, Israël disait que la division des Palestiniens empêchait la négociation.


L'opposition de Barack Obama à un vote aux Nations unies est surtout due à sa volonté de ne pas couper les ponts avec le gouvernement israélien et ses alliés aux États-Unis à quinze mois de l'élection présidentielle américaine. À l'Assemblée générale, les États-Unis n'ont pas de veto, le vote sera purement indicatif.


En déclarant qu'il était favorable à la création d'un État palestinien dans les frontières de 1967, Barack Obama a été plus loin qu'aucun autre président américain avant lui. Benyamin Nétanyahou lui a, bien sûr, opposé une fin de non-recevoir devant le Congrès américain qui l'a applaudi chaleureusement. Le premier ministre israélien a déclaré que les frontières de 1967 étaient indéfendables. On ne peut trouver argument plus fallacieux. C'est bien à partir de ces frontières qu'Israël a remporté la victoire militaire incontestée en 1967. La supériorité de l'armée israélienne aujourd'hui empêche toute perspective de guerre israélo-arabe, sans parler de la garantie stratégique américaine et de l'arsenal nucléaire israélien.


Barack Obama a par ailleurs mis en garde l'Autorité palestinienne contre la tentation de faire adopter, lors de l'Assemblée générale des Nations unies de septembre, un vote déclarant la création de l'État palestinien. Mais Mahmoud Abbas qui vient de signer un accord de réconciliation avec le Hamas ne peut se permettre de reculer sauf à perdre toute crédibilité politique. Il n'a guère d'autre choix que de poursuivre la démarche quitte à prendre le risque d'une tension avec Washington.


L'argument israélien n'aura pas une force juridique contraignante. Il aura en revanche une très grande signification politique et permettra d'évaluer le rapport de force mondial à l'égard de la question palestinienne.


Le monde occidental est en train de perdre le monopole de la puissance qui était le sien depuis cinq siècles, il n'est pas sûr qu'il soit judicieux d'aller dans le sens d'un isolement.

La solidarité avec les Palestiniens dépasse largement le cadre des pays arabes ou même musulmans. Les grands pays émergents du type Afrique du Sud, Brésil, etc. sont également très sensibles à la cause du droit des peuples à disposer d'eux-mêmes.


S'il est à peu près acquis que les États-Unis ne voteront pas la résolution, les pays européens sont soumis à un dilemme s'ils font de même : ils risquent de paraître particulièrement isolés. S'ils s'abstiennent, ils donneront une impression de manque d'affirmation. Franchiront-ils le pas en votant pour ? Au moment où le monde occidental est en train de perdre sur le long terme le monopole de la puissance qui était le sien depuis cinq siècles, il n'est pas sûr qu'il soit judicieux d'aller dans le sens d'un isolement.


Dans son discours devant le Congrès, Benyamin Nétanyahou a répété qu'Israël était le meilleur allié des États-Unis. Cela est très discutable, car le soutien inconditionnel que Washington apporte à Israël contribue à sa perte de prestige et de popularité internationale.


C'est là qu'il risque d'y avoir un problème pour les Occidentaux s'ils s'obstinent à régler leur position sur la volonté israélienne. Il risque d'y avoir un raz de marée en faveur d'une résolution, en faveur de la création d'un État palestinien. Les pays non occidentaux, qui sont très largement majoritaires, en ont assez du blocage permanent entretenu par Israël, grâce au soutien inconditionnel des États-Unis.

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