ANALYSES

Fin de l’ère Kadhafi : « Une nouvelle page s’ouvre »

Presse
21 octobre 2011
Pascal Boniface - Le Parisien

Directeur de l’Institut de relations internationales et stratégiques, Pascal Boniface, expert en géopolitique, vient de publier « l’Année stratégique 2012 » (Ed. Armand Colin).


La mort du colonel Kadhafi signe-t-elle la fin de la guerre ?

Symboliquement, oui. Sa disparition est un emblème important, même si la guerre était déjà terminée depuis son départ de la capitale.


Est-ce la victoire du Conseil national de transition ?

Oui, puisqu’ils se sont débarrassés de leur principal adversaire. Mais ils devront composer avec le côté gênant de la façon dont il est mort : il faudra répondre du fait que Kadhafi n’a pas eu de procès. Aux yeux de certains de ses partisans, il apparaîtra comme un martyr.


Quels sont les problèmes posés par son élimination ?

Les mêmes que pour Oussama ben Laden. Même s’il n’y a pas de solution parfaite quand on a un ennemi de ce type. Chaque situation présente son inconvénient. Celui de la capture, c’est forcément le procès, que Kadhafi aurait utilisé comme une tribune médiatique. Et puis, il y avait aussi à craindre qu’il révèle certains aspects de sa coopération passée avec les pays occidentaux. Mais avec la théorie du complot, toujours très présente au Proche-Orient, certains penseront qu’on l’a justement tué pour qu’il ne parle pas.


Quelle menace pèse sur la transition en Libye ?

Celle de la division. Kadhafi avait au moins pour avantage d’unifier l’opposition. Mais les craintes par rapport au CNT restent les mêmes : l’éparpillement et les affrontements internes. L’espoir, c’est que les Libyens réussissent une transition démocratique.


Qu’est-ce que cela change pour la région ?

Cela va surtout avoir une incidence sur la Tunisie et l’Egypte. Pour ces pays qui ont dû supporter le poids des réfugiés, plus tôt la Libye peut se stabiliser et redémarrer économiquement, et plus tôt cela peut leur permettre d’avoir une bouffée d’air économique.


Et pour les autres pays ?

Une fois que le chapitre libyen sera clos, les yeux pourront se tourner plus fermement sur la Syrie. C’est un avantage pour l’opposition au régime de Bachar al-Assad. En même temps, la révolution syrienne ne veut surtout pas d’une intervention militaire.


Quelles sont les conséquences de la fin du régime pour les pays voisins qui ont accueilli des proches du colonel ?

L’Algérie est gênée depuis le départ. De par les relations qu’elle a avec Kadhafi et de par sa conception de la non-ingérence et de la souveraineté. Mais avec la fin du colonel, une nouvelle page s’ouvre pour tout le monde. C’est symboliquement très fort

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