ANALYSES

«Il n’y aura plus jamais de boycott»

Presse
21 juillet 2012
Pascal Boniface - Le JDD
Quel serait l’impact de Jeux réussis pour la France?

De bons résultats enrayent l’idée d’un déclin et rehaussent le regard que les Français portent sur leur pays. On va parler à nouveau de la France qui gagne. Nous pouvons vivre des moments de joie collective. Il y a aussi le visage que montrent les champions. S’ils sont sympathiques, accessibles, à l’image de Teddy Riner, cela crée un engouement supplémentaire. Des champions olympiques proches de leurs supporters, au moment où les gens reprochent aux élites de se couper de la population, c’est un bon exemple à suivre.


Cela peut profiter à la popularité de l’exécutif?

François Hollande en tirerait indirectement bénéfice, puisque les Français regarderaient leur environnement moins tristement qu’aujourd’hui. Mais ce serait passager. Il n’y a pas d’élections à venir qui lui permettraient d’en profiter.


Quelle serait la conséquence de Jeux ratés?

Il faut se rappeler de la honte collective ressentie en 1960 quand la France n’a rapporté que cinq médailles de Rome (le pire total des Jeux d’été). Le général de Gaulle avait alors créé l’Insep, l’Institut national du sport, de l’expertise et de la performance. Il y avait eu ce dessin de Jacques Faizant dans Le Figaro montrant de Gaulle en baskets et survêtement, disant : "Dans ce pays, si je ne fais pas tout moi-même!"


Le tableau des médailles a-t-il un sens géopolitique?

La course à la première place entre la Chine, devant chez elle à Pékin, et les États-Unis, historiquement la nation la plus titrée, reste vraiment importante. Aussi bien pour ces populations, jamais avare en patriotisme, que pour ses dirigeants, Hu Jintao et Barack Obama, d’autant que ce dernier est en année électorale. Le classement est important quel que soit le pays ou le régime politique. Les Indiens commencent à tousser devant leurs résultats catastrophiques. Ils y voient une sorte d’exception à leur montée en puissance.


Quelle signification donner à la présence inédite de femmes dans les délégations qatarienne et saoudienne?

Lorsque le monde arabe va découvrir à la télévision la femme porte-drapeau du Qatar à la cérémonie d’ouverture, cela va créer une onde de choc et des débats, car une partie de la population n’est pas d’accord avec cette évolution. Ce sera une des images des Jeux, elle va marquer l’histoire. L’Arabie saoudite, en envoyant ses deux premières sportives, montre aussi qu’elle n’est plus bloquée. Cela va accélérer une évolution dans ces pays. Il faudra aussi observer la délégation syrienne. Il y a eu un débat pour savoir s’il fallait l’exclure. Comment ses représentants seront-ils accueillis dans les stades? Y aura-t-il des prises de position d’athlètes?


Comment expliquer le pouvoir de l’olympisme?

Le CIO parvient à faire cohabiter la Chine et Taïwan, Israël et la Palestine, ce que n’arrive pas à faire l’ONU. Il le doit à sa capacité d’attractivité. Personne ne veut être exclu de cette fête mondiale. C’est pour ça qu’il n’y aura plus jamais de boycott. La population des pays absents s’interrogerait. Et il y a tellement de sports aux Jeux que chaque nation peut mettre un projecteur là où elle a ses meilleurs résultats et y trouver son propre compte.

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