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Occupy Wall Street : « Les Américains ne sont pas révolutionnaires »

Presse
16 septembre 2012
- Métro

Le 17 septembre 2011, des centaines de personnes du mouvement Occupy Wall Street, cousins des Indignés, faisaient le siège de la Bourse de New York pour protester contre les dérives du capitalisme financier. L'hiver et la police ont eu raison des derniers campements de fortune. Ce lundi, jour d'anniversaire de la contestation, ses membres vont tenter de raviver la flamme. Thomas Snégaroff*, directeur de recherche associé à l'IRIS, revient sur ce mouvement au bord de l'essoufflement.


Un an après, que reste-t-il de ce mouvement spontané et populaire ?

"L'enthousiasme qui avait porté le 17 septembre 2011 est retombé comme un soufflé. Le mouvement n'a pas su se réinventer autrement que dans l'occupation des rues. Il n'est pas assez structuré politiquement pour exister hors de l'agitation médiatique. Il pouvait être très puissant mais s'est retrouvé marginalisé. On l'a un temps comparé au Tea Party. La différence c'est qu'il n'avait pas de candidats qui pouvaient peser sur la vie politique. Chez les démocrates, aucun élu n'aurait osé se réclamer de ce mouvement. Les Américains sont réformistes mais pas révolutionnaires. Pour nombre d'entre eux, la solution n'est pas dans la stigmatisation du 1% les plus riches (le slogan d'Occupy est "Nous sommes les 99%", ndlr).


La crise est pourtant toujours aussi forte. Cet essoufflement n'est-il pas paradoxal ?

Effectivement, il y a une crise et un contexte très porteur. Occupy était l'aboutissement d'un mouvement entamé fin 2008 (crise financière) à un moment de discrédit jeté sur Wall Street. Puis Obama est arrivé au pouvoir. Le rejet populaire s'est peu à peu adouci avec des mesures politiques. Aujourd'hui, on ne considère plus "la Finance" comme le grand méchant loup. Les démocrates ont par ailleurs tout fait pour ne pas leur donner trop de pouvoir. Cela pouvait devenir dangereux. On le voit dans la situation de Romney qui a été obligé d'aller vers le Tea Party et l'extrémisme et a perdu une partie du Centre. Si le mouvement avait pris plus de poids, Obama aurait été obligé de draguer cet électorat d'extrême gauche et aurait pu perdre le Centre.


Comment expliquer qu'en Europe - en Espagne et au Portugal plus récemment - les Indignés sont toujours là ?

La très grande différence c'est qu'aux Etats-Unis, il n'y a pas eu de plan d'austérité, terreau formidable pour les mouvements de révolte populaire. Ils ont financé les plans de relance par la dette et ont eu une politique économique opposée à la nôtre. Il y a du chômage mais il n'y a pas de politique de rigueur. En Europe, on a placé l'égalité au-dessus de tout, notamment de la liberté, alors qu'aux Etats-Unis c'est l'inverse. Qu'il y ait des riches et des pauvres, ce n'est pas un problème à condition que les riches s'enrichissent légalement. Les fondements structurel et culturel sont différents.

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