ANALYSES

Obama – Romney: «L’affrontement qui a lieu ce soir peut encore faire bouger les lignes»

Presse
22 octobre 2012
Interview de Thomas Snégaroff - 20 Minutes
Le der des der. Les deux candidats à l’élection présidentielle américaine, Barack Obama et Mitt Romney, se retrouve ce lundi soir (21h locales, 3h mardi matin heure française) à l’université Lynn de Boca Raton en Floride pour leur troisième et dernier face-à-face télévisé. Ce débat, consacré à la politique étrangère et modéré par Bob Schieffer de la chaine télévisée CBS, est pour chacun la dernière opportunité de faire bouger les sondages, comme l’explique à 20 Minutes Thomas Snegaroff, directeur de recherche à l’Iris, spécialiste des Etats-Unis et auteur de L’Amérique dans la peau, quand le Président fait corps avec la Nation(éd. Armand Colin).
Un sondage publié dimanche donne Barack Obama et Mitt Romney au coude à coude dans les intentions de vote. Barack Obama peut-il perdre cette élection?

Bien sûr qu’Obama peut perdre! Non seulement parce que l’élection est très serrée, mais aussi parce qu’il a un bilan économique assez mauvais. Mais, comme cela a été le cas à l’issue des deux précédents débats, et notamment le premier, l’affrontement qui a lieu ce soir peut encore faire bouger les lignes.

Initialement, ce débat, consacré à la politique étrangère, était vu comme le moins important des trois, mais, depuis la mort de l’ambassadeur américain à Benghazi et le mouvement anti-américain dans le monde musulman, la politique étrangère est revenue au centre de la campagne. On l’a vu lors du précédent débat: c’est sur ce sujet qu’il y a eu les plus grosses tensions entre les deux candidats.
Que doivent-ils faire pour l’emporter ce soir?

Ce soir, pour marquer des points, Obama doit réussir à établir une distance symbolique avec son adversaire, imposer la différence de statut entre eux deux. Il doit démontrer qu’il est le «commander-in-chief» («commandant-en-chef» des forces armées), alors qu’en face Mit Romney n’a aucune expérience en politique étrangère. Pour ce faire, il va sans doute rappeler que, grâce à son action, les Etats-Unis sont plus en sécurité qu’il y a quatre ans, non seulement du fait de la mort de Ben Laden, mais surtout grâce aux attaques ciblées de drones qui ont tué de nombreux responsables d’Al-Qaida.
Et Mitt Romney?

Le candidat républicain va sans doute jouer sur le thème classique des Républicains, à savoir «l’Amérique est attaquée lorsqu’elle est affaiblie, Obama est le Président d’une Amérique affaiblie, c’est donc un Président faible.» Au-delà de cela, Mitt Romney va devoir réaliser la même prouesse qu’Obama il y a quatre ans face à John McCain: montrer que, malgré son inexpérience, il est capable d’être «commander-in-chief».

Mais cela va être plus difficile pour lui: il va devoir dessiner les contours du «commander-in-chief» qu’il sera en tant que Président, montrer qu’il va mener une politique étrangère pro-américaine, c’est-à-dire renouer des liens parfois distendus sous l’administration Obama avec les alliés traditionnels des Etats-Unis (Royaume-Uni, Europe de l’Est et notamment Pologne, et bien sûr Israël). Mais son inexpérience, ainsi que ses nombreuses bourdes, comme lors de son déplacement au Royaume-Uni en juillet dernier, sont de sérieux handicaps.
Ce débat, qui va avoir lieu devant plus de 60 millions de téléspectateurs, va-t-il permettre de convaincre les indécis?

L’élection est désormais toute proche-le vote a lieu dans trois semaines-, les programmes sont connus depuis longtemps. Les électeurs indécis se déterminent sur l’image que chacun des deux candidats renvoie, sur leur capacité supposée à incarner l’Amérique qui n’accepte pas le déclin, qui a des solutions, une vision pour s’en sortir et retrouver sa grandeur. C’est pour cela que le débat de ce soir est important.

Et, on l’a vu ces derniers jours, Obama ne cesse de faire la bascule entre la distance due à la solennité de son poste, et son côté blagueur, qui le montre proche des électeurs. Romney, lui, a plus de mal à jouer de cette proximité.
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