ANALYSES

Protocole de Kyoto : la lutte contre le réchauffement climatique est en sursis

Presse
24 octobre 2012
Bastien Alex - Le + du Nouvel Obs

Le Premier ministre russe, Dimitri Medvedev, a évoqué le 18 octobre la possible sortie de son pays des accords de Kyoto. La raison : ces accords ne sont pas avantageux pour la Russie. Alors que la prochaine conférence aura lien en décembre, à Doha, quel est, aujourd'hui, l'héritage du protocole de Kyoto ? Le chercheur Bastien Alex fait le point sur le sujet.


Alors que chacun invoque l’urgence climatique et la nécessité d’une action internationale en faveur de l’environnement, les perspectives de reconduite du protocole de Kyoto, qui seront négociées à Doha en décembre, semblent compromises.


Signé en 1997, le protocole de Kyoto, seul outil juridique contraignant en matière environnementale, souhaitait organiser au niveau planétaire la lutte contre le réchauffement climatique et la préservation de l’atmosphère via la réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES).


Entré en vigueur en 2005, son manque d'efficacité avait rapidement été pointé du doigt, entre autres du fait de la non-participation des États-Unis, responsables de 20% des émissions mondiales. À quelques semaines des négociations internationales, sa reconduction est loin d’être garantie.


Défection de nombreux pays

La Russie a en effet réaffirmé le 18 octobre 2012, par la voix de son Premier ministre Dmitri Medvedev, sa volonté de ne pas renouveler sa participation. Le Premier ministre a évoqué l’absence d’intérêt pour son pays à poursuivre dans ce cadre.


En décembre 2011, le Canada avait pour sa part annoncé son retrait du protocole, lors du sommet de Durban. Justifiant sa sortie, Ottawa invoquait l’inadéquation du cadre proposé par Kyoto et dénonçait l’absence des principaux émetteurs de GES que sont la Chine et les États-Unis. Un an plus tôt, lors du sommet de Cancun, le Japon s’était lui aussi déclaré opposé à une reconduction de l’accord.


Rappelons également que ces pays refusent la création d’une organisation mondiale de l’environnement, qui avait été proposée dès le Sommet de la terre à Rio en 1992.


Un protocole dans l'impasse

15 ans après sa signature, le protocole de Kyoto semble dans l’impasse. Les pays qui le respectent sont aujourd'hui responsables de moins de 26% des émissions de gaz à effets de serre dans le monde (contre 56% au moment de la signature de l’accord en 1997).


Comment convaincre les États participant au traité de le reconduire et de poursuivre leur politique de réduction des émissions quand le Japon, la Russie et le Canada se désengagent du processus, sans compter les défections que de telles décisions vont très certainement susciter ?


L’enjeu se situe également au niveau des émergents, tels que l’Inde et le Brésil, qui sont signataires, émetteurs, mais exemptés de contraintes. Ces deux pays ont certes mis en place des politiques nationales de limitation des émissions, mais demeurent réticents devant un engagement international coercitif qui pourrait menacer leur croissance économique.


"On ne peut avoir une seconde période avec seulement l’Europe et l’Australie", s’inquiétait Brice Lalonde au sortir de Cancun. Nous en sommes pourtant quasiment à ce stade.


Faut-il assouplir les conditions de participation au traité ?

Après les échecs des dernières négociations climatiques, le dilemme reste entier : faut-il persister à agir en comité restreint en maintenant un cadre contraignant, certes imparfait mais qui a le mérite d’exister, ou assouplir les conditions de participation afin de permettre l’inclusion d’un plus grand nombre de pays ?


Peut-on élaborer une réglementation pertinente et efficace en termes de lutte contre les émissions si seuls les pays responsables de moins de 20% de ces dernières y participent ?


L’Union européenne a pour sa part pris des engagements dans le cadre de son paquet Énergie-climat, voté en 2008, mais la crise de la dette et la montée des populismes qui l’accompagne pourrait menacer sa cohésion et sa position – isolée – en faveur de la reconduction de Kyoto.


Les participants à la conférence de Doha auront donc la lourde tâche de décider de la marche à suivre en dépit d’un contexte plus que défavorable. Les États respectant le traité demeurent en effet partagés entre la difficulté – voire l’absurdité – de poursuivre seuls la réduction de leurs émissions et le mauvais indicateur que constituerait l’abandon de l’unique cadre contraignant conçu à ce jour.


Nous pourrions également souligner l’incohérence du choix du Qatar, premier émetteur de GES par habitant, en lieu et place de la Corée du Sud, pour accueillir la conférence, de quoi entacher – au moins partiellement – la crédibilité de l’engagement des instances onusiennes.

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