ANALYSES

Après 2 ans de blocage, le pari de l’ONU

Presse
30 novembre 2012
Didier Billion - La Marseillaise

Docteur en science politique, certifié d’histoire et de géographie, Didier Billion est directeur adjoint de l’Institut de relations internationales et stratégiques (Iris).


Pouvez-vous expliquer la démarche de Mahmoud Abbas ?

C'est une démarche qui a pris du temps, commencée en septembre 2011 et qui n’obtient pas la majorité requise au Conseil de sécurité et qui se retrouve enfin devant l’assemblée de l’ONU. Depuis deux ans, les négociations sont interrompues. Face au blocage complet d’Israël, Mahmoud Abbas a considéré que seul le niveau diplomatique pourrait débloquer la situation. Il a eu raison de poser cette question au niveau de l’ONU qui, malgré ses manquements nombreux sur ce dossier, reste l’institution incontournable pour trouver une solution.


Qu’est-ce que cela changera concrètement ?

La Palestine aura accès à toutes les instances de l’ONU, participera à tous les débats sans pouvoir en revanche voter, c’est là la différence entre Etat membre et Etat observateur. Elle pourra aussi saisir les institutions internationales comme la Cour internationale de justice. C’est très important et c’est ce qui inquiète le plus les Israéliens. Car la Palestine va ainsi avoir la possibilité de démontrer au niveau international qu’Israël ne respecte pas les règles auxquelles le pays est pourtant soumis du fait notamment de son appartenance à l’ONU. Je pense par exemple à la convention de Genève bafouée par la colonisation rampante et incessante d’Israël. Il faut cependant souligner que cela prendra du temps : les délais d’expression de la justice internationale étant très longs. De plus, dans l’hypothèse où ces instances condamneraient Israël, ce dernier obtempèrerait-il ? C’est une autre affaire. Ce sera donc long et complexe mais cela pose indéniablement la Palestine à un autre niveau.


La résolution mentionne un retour aux frontières d’avant 1967. Or, c’est dès la guerre de 1947-1949 qu’Israël avait débordé, et massivement, les frontières imposées en 1947 par les Nations Unies ?

Ce qui souligne l’effort réalisé par les Palestiniens. Ces frontières d’avant 1967 représentent 20% du territoire de la Palestine mandataire, historique. Les accepter représente un réel effort. Le Fatah et l’OLP l’ont fait, pour le Hamas cela a été plus difficile mais il semble évoluer. Mais il ne faut pas oublier que depuis 1967, il y a eu un long processus de colonisation terrifiante de la part des Israéliens, jour après jour, année après année. Ce qui rend chaque fois plus difficile l’émergence d’un Etat viable car quand on parle d’état palestinien il faut toujours ajouter viable aux vues de ces extensions de colonies et aux vues des communications entre celles-ci. Concrètement, elles sont reliées par des routes interdites aux Palestiniens. Ce qui donne l’image souvent utilisée de territoire en peau de léopard. Donc, si on en revient au principe des frontières de 1967 il faudra passer aux travaux pratiques, procéder à des échanges de territoires, qu’Israël puisse donner l’équivalent des terres composant les colonies qui, dans leur majorité, ne seront pas démantelées.


Certains mentionnent une renaissance de l’idée d’Etat bi-national. Qu’en pensez-vous ?

C’est un long débat. Pourquoi ressurgit-il, même de façon minoritaire, chez les Palestiniens aujourd’hui ? Parce que certains considèrent que le processus de colonisation rampante ne permettra pas d’Etat viable et que la seule solution est dans un état bi-national. A quelques exceptions marginales, Israël est radicalement contre, pour une raison démographique.


Du fait de la natalité, à court terme, il y aurait égalité numérique entre les habitants palestiniens et ceux israéliens et d’ici 15 ou 20 ans, beaucoup plus de Palestiniens. Une idée d’infériorité numérique insupportable pour les Israéliens.


Quelle analyse faites-vous de l’impossibilité de l’Union européenne à adopter une position commune sur la question ?

C’est attristant, un spectacle lamentable… Ce n’est pas la première fois que l’Europe montre son incapacité à avoir une politique extérieure commune. Mais là, elle se révèle sur une question on ne peut plus simple : celle de l’application du droit international. C’est une nouvelle preuve que diplomatiquement comme politiquement ou économiquement, l’Union sera difficile à construire. Ce que je déplore en Européen convaincu.


L’argument principal des Etats-Unis pour s’opposer à la demande palestinienne est de la qualifier de démarche unilatérale. Ne s’agit-il pas précisément de l’inverse ?

L’attitude de l’administration d’Obama est celle d’un alignement sur les positions les plus radicales d’Israël. Et de sortir l’argutie qu’un Etat palestinien ne pourrait que sortir d’un processus. Le problème est que l’un des partenaires, Israël, se refuse à la négociation… On est loin des déclarations lyriques de 2008 et Obama a purement capitulé devant les exigences des extrémistes israéliens. C’est d’autant plus inquiétant qu’en janvier prochain, les élections législatives verront sans doute la coalition d’extrême droite sortir des urnes israéliennes. Je crains fort qu’Obama n’ait pas le courage de s’y opposer. Certains disent qu’avec son deuxième mandat, il est plus libre, sans la pression de la réélection. On ne peut que le souhaiter mais je n’y crois guère.

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