ANALYSES

Irak, dix ans après: «On aurait pu éviter cette guerre illégale»

Presse
20 mars 2013

Karim Pakzad, chercheur à l'Iris, revient pour «20 Minutes» sur les conséquences de l'intervention controversée de la Grande-Bretagne et des Etats-Unis en Irak...


Il y a dix ans débutait l’intervention des forces anglo-américaines en Irak afin de renverser le régime de Saddam Hussein. Karim Pakzad, chercheur à l’Iris, analyse pour 20 Minutes ses conséquences et la situation actuelle.


Tony Blair a déclaré que sans l’intervention anglo-américaine, l’Irak serait dans la même situation que la Syrie aujourd’hui, qu’en pensez-vous?

Tony Blair et tous ceux qui sont à l’origine de cette guerre illégale, comme les néoconservateurs américains, n’ont jamais fait leur autocritique depuis dix ans. Je ne pense pas que la situation serait la même parce que le régime de Saddam Hussein était en minorité face à une opposition très forte, disciplinée et organisée depuis 1991, avec une certaine autonomie. On pouvait éviter cette guerre, qui a fait plus de 110.000 morts, en soutenant les chiites et les Kurdes. Cette comparaison n’a donc pas de sens parce qu’en Syrie, l’opposition n’était pas au départ organisée et armée.


Le printemps arabe n’aurait pas pu passer par l’Irak?

On ne peut pas refaire l’histoire, mais Saddam Hussein était pire que Bachar al-Assad, il a vraiment massacré son propre peuple, en utilisant notamment des armes chimiques. On aurait pu attendre une réaction très forte, mais cette opposition irakienne, créée et encouragée par George Bush père, n’a pas été soutenue par son fils.


Est-ce que cette intervention en Irak et ses conséquences ont influencé les Occidentaux à ne pas intervenir ailleurs dans la région, comme en Syrie?

Non, c’est plus la guerre en Afghanistan qui a montré que ce n’était pas aussi facile. L’Irak n’est pas un exemple parce que le pays a vite retrouvé sa souveraineté, les soldats américains sont partis rapidement.


Après leur départ il y a deux ans et demi, vous étiez plutôt optimiste sur l’avenir de l’Irak, qu’en est-il aujourd’hui?

Depuis deux ans et demi, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts. Il y avait des éléments d’optimisme parce que les élections législatives s’étaient bien passées. Un gouvernement de coalition avait fini par être formé, mais on ne connaissait pas sa stratégie politique. Depuis, le Premier ministre Nouri al-Maliki a montré qu’il était un homme très autoritaire. Cela a causé des difficultés et des tensions avec les sunnites.


Qu’est-ce qui ne fonctionne pas aujourd’hui en Irak?

Il y a notamment la crise avec les Kurdes qui s’est aggravée puisque Nouri al-Maliki refuse d’appliquer la Constitution, c’est-à-dire en instaurant un système fédéral pour tout l’Irak. Le Kurdistan agit de façon autonome voire «indépendante», n’hésitant pas à signer directement des contrats avec des compagnies étrangères. La région connaît ainsi un développement économique extraordinaire, mais le pouvoir central n’applique pas ce système fédéral dans le reste du pays. Par ailleurs, alors qu’il y avait une accalmie il y a deux ans, Al-Qaida a repris des forces et les baasistes réapparaissent. Tous ces éléments font qu’il y a une crise politique interne et même externe qui menace la stabilité de l’Irak.


Quels sont les problèmes que connaît l’Irak avec ses voisins?

La rivalité entre les trois puissances qui entourent l’Irak est exacerbée. L’Iran a une influence incontestable sur les chiites, l’Arabie saoudite sur les sunnites et la Turquie sur les Kurdes. Ces derniers sont la cause de la dégradation des relations entre Ankara et Bagdad. La Turquie commence à s’ouvrir aux Kurdes et à devenir un partenaire important pour eux. En ce qui concerne l’Arabie saoudite, Nouri al-Maliki a ouvertement accusé Riyad de soutenir les terroristes. Quant à la Syrie, les premiers éléments armés d’opposition sunnite viennent d’Irak et le pouvoir chiite irakien craint que si Bachar al-Assad tombe, les sunnites se sentiront renforcés en Irak et prendront le pouvoir


Les prochaines élections législatives qui auront lieu l’année prochaine peuvent-elles rebattre les cartes?

S’il y a une majorité plus stable et ouverte, avec un partage plus équitable des ressources financières, on peut assister à un apaisement de la situation. L’Irak a des conditions favorables pour son développement, elle a pris la place de l’Iran à la deuxième place des exportateurs de pétrole.

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