ANALYSES

« La France paye le fruit de ses erreurs »

Presse
28 mai 2013
Alors que les préparatifs s’accélèrent en vue d’une conférence de paix en juin à Genève, les combats continuent de faire rage sur le terrain. Damas est-il vraiment en train de reprendre l’avantage ?

Depuis environ un mois et d’après les informations recoupées auxquelles nous pouvons avoir accès, l’armée syrienne semble effectivement être en train de reprendre les choses en main sur un certain nombre de théâtres d’opérations. Cela ne signifie pas qu’elle soit en phase de reconquête généralisée… loin de là. Les insurgés contrôlent de larges pans du territoire, mais Damas a repris le dessus dans le Nord sur un certain nombre de villes qui sont des nœuds de communication. Dans le Sud, l’armée a visiblement repris une bonne partie de la ville de Qousseir, aidée par le Hezbollah libanais.




Comment expliquer ce revirement ?



Contrairement à ce que certains prétendaient, l’armée est restée largement fidèle à Bachar al-Assad, même s’il y a eu des désertions. Elle est affaiblie par plus de deux ans de combats mais elle est  manifestement restée assez disciplinée. D’autre part, elle continue à recevoir du matériel de la part de ses alliés, notamment russes et iraniens. Les insurgés, eux, sont toujours extrêmement divisés. Ceux qui les soutiennent disent qu’ils ne reçoivent pas assez d’armes – ce qui est en partie vrai –, mais ils sont surtout pénalisés par leur incapacité à s’entendre et à mettre en place un commandement opérationnel unifié.

En plus, la reprise en main engagée par Damas n’est pas uniquement militaire. Elle repose aussi sur une base sociale alors que de nombreux observateurs ont fait une erreur d’appréciation en jugeant que le régime s’était coupé de ses soutiens. Sans ceux-ci, Bachar al-Assad aurait dégagé depuis longtemps.




Que faut-il attendre de Genève 2 ?



Au vu de ce statu quo sur le terrain, les Américains ont visiblement décidé de passer à la vitesse supérieure pour essayer d’obtenir un règlement politique et diplomatique. D’où la visite à Moscou et la décision d’organiser la conférence de Genève 2. À ce jour, personne ne peut dire ce qui en sortira. Mais le simple fait qu’elle puisse avoir lieu peut déjà être considéré comme un succès, et on peut espérer qu’elle soit suivie d’autres conférences.




Les choses sont-elles réellement en train de bouger ?



Après quatre jours de discussions à Istanbul, les insurgés n’ont pas été capables de se mettre d’accord. Il y aura forcément des insurgés à Genève, mais est-ce qu’ils seront tous là, est-ce qu’ils seront unifiés ? Il est trop tôt pour le dire. À Istanbul, une partie des insurgés ont encore une fois répété que le préalable à toute discussion devait être le départ de Bachar al-Assad. On ne peut pas mettre comme condition initiale le point auquel on peut arriver à la fin des négociations. Peut-être celles-ci déboucheront sur le départ de Bachar al-Assad, mais exiger ceci dès le départ, c’est la négation de toute procédure diplomatique. De son côté, le pouvoir syrien a déjà fait circuler des noms de personnes qu’il pourrait envoyer à Genève, même s’il faut rester très prudent par rapport aux annonces de Damas. Cela dit, il y a une réelle effervescence politique et diplomatique. Hier soir, Laurent Fabius a reçu ses homologues américain et russe, John Kerry et Sergueï Lavrov, mais la diplomatie française a un peu été mise à l’écart. Elle paye le prix de ses erreurs successives sur le dossier syrien. Des linéaments de solution politique commencent tout juste à apparaître, mais le chemin sera long. De toute façon, la solution ne pourra être que politique et pas militaire.


 

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