ANALYSES

Pourquoi la Corée du Nord joue l’apaisement

Presse
6 juin 2013
 Alors qu'il menaçait de lancer une guerre nucléaire, le régime de Kim Jong-un propose désormais de reprendre les discussions politiques avec la Corée du Sud, trois ans après leur interruption. Pourquoi ? Les réponses de MYTF1News avec Olivier Guillard, directeur de recherche à l’IRIS, spécialiste de l'Asie.

Après toutes les provocations du début de l'année, notamment les menaces de guerre nucléaire, cette proposition de dialogue direct de la Corée du Nord avec le Sud semble surprenante.


Il faut rappeler que la trame générale de la politique de la Corée du Nord, ce sont justement des événements souvent brutaux, dans les deux sens. On passe d'un extrême à l'autre, la plupart du temps dans le mauvais. Si cette proposition de dialogue est évidemment un développement positif, cela n'exclut pas que dans quelques jours on rebascule vers l'autre extrême, d'une manière totalement incohérente aux yeux de la communauté internationale.


Pourquoi cette proposition a-t-elle été lancée aujourd'hui ?


Sur le plan diplomatique, la Corée du Nord, après ses provocations, est dans l'ornière. La Chine a été échaudée par cet allié désormais jugé gênant tandis que la Russie a encore plus pris ses distances. Cette situation n'est pas confortable et il fallait montrer des gages de bonne volonté. 

Le "timing" de cette proposition n'est d'ailleurs pas anodin : elle intervient la veille de la rencontre aux Etats-Unis entre Barack Obama et son nouveau homologue chinois Xi Jinping et à quelques jours du 15 juin, date importante pour les deux Corée puisqu'elle marquera le 13e anniversaire du 1er sommet inter-coréen. 

 

Sur le plan économique, la fermeture du complexe industriel inter-coréen de Kaesong (ndlr : situé en Corée du Nord, il emploie 50.000 Nord-Coréens, employés d'entreprises du Sud) fait perdre beaucoup de devises à Pyongyang. 

Sur quoi va porter ce dialogue ?


A priori, il sera tout d'abord surtout consacré à des dossiers symboliques, en l'occurrence les réouvertures de Kaesong et du site touristique du  mont Kumgang (ndlr : situé en Corée du Nord, il est fermé depuis cinq ans). La proposition du Nord ne vient en effet pas de Kim Jong-un lui-même, mais du Comité du Nord pour  une réunification pacifique de la Corée. Le message est clair : le président nord-coréen indique là que si le Sud veut des discussions de haut niveau par la suite, il faut commencer modestement. Mais la réponse sud-coréenne a été très rapide -moins d'une heure : elle prouve que la nouvelle présidente Park Geun-Hye est dans une optique de dialogue et qu'elle n'a pas hésité à saisir cette opportunité. 

 

Que peut-il sortir de ces discussions ? 


Même si c'est encourageant, il ne faut néanmoins pas s'emballer et en attendre monts et merveilles. Il s'agit essentiellement de rebâtir une confiance aujourd'hui inexistante pour ensuite relancer la dynamique sur les gros dossiers comme le nucléaire. 

Outre les réouvertures éventuelles de Kaesong et du mont Kumgang, il est possible que l'on assiste à des gestes symboliques comme le rétablissement des lignes téléphoniques entre les deux armées ou encore la facilitation de retrouvailles entre familles séparées. 

 
Sur la même thématique
La crise des réfugiés
L’aggravation des inégalités : quelle réalité ?