ANALYSES

« Humiliés, les Européens doivent accueillir Edward Snowden »

Presse
1 juillet 2013

La classe politique européenne exprime une très forte émotion après les dernières révélations d'Edward Snowden sur l'espionnage de ses propres institutions par leur allié américain. Pascal Boniface, directeur de l'Institut des relations internationales et stratégiques (Iris), explique pourquoi cette affaire constitue une nouvelle déception de la part de Barack Obama. Il appelle les Européens à une réponse forte et concertée sur cette affaire.


Avez-vous été surpris par les révélations d'Edward Snowden sur la surveillance de particuliers à travers les réseaux sociaux mais surtourt concernant l'espionnage d'institutions européennes alliées ?



Il y a toujours un effet de surprise lorsque l'on prend connaissance de ce genre d'affaires. Mais ce n'est pas tellement étonnant de la part des Etats-Unis qui ont une conception très globale du renseignement. Ce qui est surprenant en revanche, c'est que les Etats-Unis ne considèrent pas ses alliés sur le même pied d'égalité. J'ajoute que cette affaire est une nouvelle déception de la part de Barack Obama sur de nombreux aspects comme le maintien de la prison de Guantanamo ou son échec dans le conflit au Proche-Orient. Pour tous ceux qui ont placé des espoirs réalistes sur Barack Obama, dont je fais partie, c'est une déception supplémentaire.


Qu'est-ce que cela révèle des relations entre les Etats-Unis et les Européens ?



C'est un véritable acte de déloyauté. En sens inverse, il n'y a pas de doutes que Washington aurait manifesté sa grande colère, suivi par son opinion publique et des éditorialistes de la presse américaine. Finalement, au-delà des grands discours, il existe un sentiment de supériorité des Etats-Unis sur ses alliés européens, mais aussi de concurrence. Cet espionnage a surtout une finalité économique. Cette affaire nous rappelle que si Américains et Européens ont de nombreux intérêts communs, ils ont également des intérêts divergents. Maintenant, je pense que cette crise n'atteindra pas le degré d'hostilité qu'avait occasionné la guerre en Irak.


Pensez-vous que la France doive offrir l'asile politique à Edward Snowden ?



Ce serait un geste de défi qui occasionnera une crise diplomatique certaine. Mais en même temps, la France a été humiliée par les Américains... En réalité, la véritable bonne réponse qu'il faudrait apporter c'est que l'Union européenne accueille Edward Snowden de manière collective. Quelques pessimistes peuvent craindre qu'il y ait un défaut de consensus, mais on sent une très grande colère en Allemagne. Ce qui est certain, c'est que les Européens doivent apporter une réponse à cette affaire. Ce serait un geste fort pour leur crédibilité.


Nous venons d'apprendre que les Russes ont entamé des discussions avec les Américains quant au sort d'Edward Snowden. Pensez-vous que les Russes sont embarrassés par la présence du fugitif sur leur sol ?



Vladimir Poutine n'est pas du tout embarrassé, il y voit une belle opportunité de faire un pied-de-nez aux Américains qui leur font la leçon sur les droits de l'homme. L'ironie de cette histoire c'est que pendant des années, les Américains ont accueilli sur leur sol des dissidents russes et chinois... 

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