ANALYSES

«On ne peut pas renverser Bachar al-Assad»

Presse
30 août 2013
Vous défendez l’idée que les frappes sont inutiles, et même dangereuses…

Oui, complètement. C’est vrai que l’emploi de l’arme chimique pose de graves problèmes : ce n’est pas une arme comme les autres et il y a eu violation des protocoles des conventions. Mais c’est vrai aussi qu’on ne sait rien sur les conditions de cette intervention. On nous dit qu’il faut une réaction forte, mais que ce n’est pas pour abattre le régime. Alors pourquoi faire ? S’agit-il d’une posture, de roulements d’épaules, d’une opération symbolique ? S’agit-il de punir le régime syrien ou de lui faire peur - dans ce cas, je doute qu’on y arrive. Quand nos dirigeants vont-ils nous dire quel est le but de l’opération et quels en sont les objectifs ? Et dans l’hypothèse d’une frappe, que va-t-on frapper ? On ne nous avance aucun argument. Et ces frappes ne posent pas la question de la solution politique.


Pourtant, même Rony Brauman (ancien président de Médecins sans frontières), qui fut hostile aux interventions extérieures, dont celle de l’Otan en Libye, est favorable à cette attaque…

Dire que, parce que Bachar al-Assad a franchi un palier symbolique, on va riposter par des frappes symboliques ne m’a pas convaincu. Et puis, cela me gêne beaucoup que l’on s’affranchisse de l’ONU qui, malgré ses errances, reste le seul dépositaire de la légalité internationale. Ensuite, ces frappes vont ajouter du désordre au désordre dans une société disloquée. Avec des risques que le chaos s’étende aux pays voisins, le régime étant d’un cynisme absolu. Et on ne cherche pas à imaginer quels effets auront les frappes de pays occidentaux sur les peuples du Moyen-Orient, où elles risquent d’alimenter la théorie de la guerre des civilisations, à un moment où il y a déjà une forte polarisation sur l’Egypte.


 


Mais ces frappes, surtout si elles détruisent les bases aériennes du régime, l’un de ses atouts, ne vont-elles quand même pas l’affaiblir ?



Ce n’est pas l’aviation qui est déterminante dans des combats qui se déroulent pour l’essentiel dans les villes. Est-ce que l’on va envoyer des missiles Tomahawk pour en déloger les soldats du régime ? Evidemment, non. Il n’y a pas de solution militaire, on ne peut pas renverser Bachar al-Assad. Or, l’intervention ne pose pas la question de la solution politique. L’énergie que nos dirigeants déploient serait mieux utilisée à travailler pour parvenir une solution politique.


Mais on ne voit pas Damas s’engager dans un processus politique en position de force…



Rappelons que l’initiative dite Genève-2 a été refusée par la Coalition nationale de l’opposition. En fait, il faut trouver les moyens de faire évoluer les positions de ceux qui soutiennent le régime. Je suis convaincu que la véritable solution politique se trouve à Moscou. Alors, comment faire bouger les Russes, sachant qu’ils n’ont pas digéré la façon dont les Occidentaux ont interprété la résolution 1973 sur la Libye ? S’ils sont convaincus qu’il est dans leur intérêt de bouger, ils le feront. Pareil pour l’Iran qui, si on desserrait par exemple les pressions sur le dossier nucléaire, pourrait évoluer. Car Moscou et Téhéran font, eux, de la politique. Mais, en cas de frappe, ils vont se braquer.

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