ANALYSES

«Les grandes puissances sont prêtes à discuter sur la Syrie»

Presse
11 septembre 2013

La Russie a proposé lundi 9 septembre que l’arsenal chimique syrien soit placé sous contrôle international. Mardi 10 septembre, le ministre des affaires étrangères français Laurent Fabius a annoncé le dépôt d’une résolution dans ce sens au Conseil de sécurité de l’ONU. Pour Pascal Boniface, directeur de l’Institut des relations internationales et stratégiques, « les réactions autour de la proposition russe sont une vraie bonne nouvelle ».


Va-t-on vers une solution politique?



Nous ne sommes plus, avec la proposition russe, sur des positions tranchées, inverses, comme c’était le cas au G20 la semaine dernière. La division des grandes puissances était alors totale. Désormais, elles sont prêtes à discuter.

Le vote au Congrès américain était tellement incertain qu’il devenait évident qu’il n’y aurait pas de frappes militaires rapides. Chacun a vu qu’on risquait d’aboutir à une impasse. Alors les Occidentaux ont pris le blocage du Congrès non pas comme un inconvénient mais comme une possibilité de négocier. Les frappes militaires sont devenues une menace, un moyen de pression. De leur côté, les Russes ont craint d’être coincés par le régime de plus en plus impopulaire de Bachar Al Assad, prenant le risque de passer pour ceux qui enterrent le système de sécurité collective internationale, incarné par le Conseil de sécurité de l’ONU.


Quelles sont les chances que la proposition française aboutisse?



Avec cette résolution, la France ne veut pas perdre l’initiative. La proposition russe de mettre l’arsenal chimique syrien sous contrôle international a surpris tout le monde, personne ne s’y attendait.


Ce qu’on peut déduire du projet de résolution, ce sont deux choses. D’abord, que la France ne pouvait accepter la proposition russe sans garantie. Ensuite, qu’elle ne pouvait pas refuser, car ce serait donner un mauvais signal. C’est donc assez habile de la part des Français?: on accepte, mais sous condition.


Je doute, en revanche, que la Russie soutienne le projet français si ce dernier condamne explicitement Bachar Al Assad pour le massacre du 21 août. Mais le reste de son contenu est acceptable, notamment avec l’implication de l’Organisation internationale pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC).


En outre, Laurent Fabius a indiqué qu’il acceptait que le projet soit discuté et, le cas échéant, amendé. Il laisse donc une porte ouverte. Et si la proposition française initiale est musclée, c’est parce que nous sommes dans un cadre classique de discussion?: chacun renforce ses demandes pour que, au cours de la discussion, elles puissent être assouplies et que personne ne perde la face.


La remise du rapport de l’ONU pourrait-elle changer la donne?



La publication du rapport ne devrait pas faire évoluer les positions. Chacun pourra l’interpréter à sa manière. Les pays favorables aux frappes y trouveront des éléments concordants sur la responsabilité du régime. Les autres diront qu’il faut être prudent et que ce n’est pas suffisant.


Pour que les pressions internationales aboutissent à une négociation en Syrie, elles doivent être collectives, et non divisées. Les réactions autour de la proposition russe sont donc une vraie bonne nouvelle?: il y a un échange entre les différentes puissances.

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