ANALYSES

« Berlusconi a tout à perdre »

Presse
30 octobre 2013
Interview de Fabio Liberti, directeur de recherche à l’IRIS, par Gilles Daniel

Les ministres du parti de Silvio Berlusconi ont démissionné samedi du gouvernement de coalition droite-gauche. Ils font ainsi pression pour éviter à  leur mentor la probable destitution de son poste de sénateur. Alors que le pays est à nouveau plongé dans la crise politique, Fabio Liberti, directeur de recherche à l’Iris, livre son analyse.


Le Premier ministre italien, Enrico Letta, qui posera la question de confiance mercredi, a qualifié de «geste fou» la démission de samedi. Partagez-vous ce sentiment ?



C'est effectivement le geste irrationnel d'un homme désespéré. Je n’imaginais pas que Silvio Berlusconi puisse en arriver à cette extrémité : il a tout à y perdre. Jusqu'à présent, il était un des actionnaires de ce gouvernement de coalition. Or, là, il prend le risque de le mettre en grande difficulté vis-à-vis des marchés financiers, qui ont horreur de l'instabilité politique Berlusconi pourrait ainsi se mettre à dos une partie de l'opinion publique qui lui est encore favorable.


Quelle peut être l'issue de cette crise politique ?



Le président de la République Giorgio Napolitano a confirmé qu'il ne voulait pas convoquer de nouvelles élections. On va donc essayer coûte que coûte de composer une nouvelle majorité. Celle-ci pourrait vraisemblablement être formée en «récupérant» quelques députés du Mouvement cinq étoiles de Bepe Grillo ainsi que des berlusconiens. Il Cavaliere pourrait alors se dire victime d'un gouvernement composé de traîtres à son parti. C'est peut-être son calcul.


Peut-il encore rebondir en politique après sa condamnation en août pour fraude fiscale ?



Il a montré à plusieurs reprises qu'il avait de la ressource. En décembre 2012, il était à 10 % dans les sondages. Il est finalement parvenu à faire presque 25 % et à amputer la victoire de la gauche… Maintenant, sa situation semble désespérée. II a été condamné de façon définitive, il va être inéligible, assigné à résidence, et d'autres procès vont arriver. Dans son entourage, on dit qu'il a perdu dix kilos et qu'il ne dort plus depuis un mois. Il sollicitait une grâce présidentielle. Aujourd'hui on dirait un enfant qui décide de tout casser parce qu'il n'arrive pas à obtenir ce qu'il veut.


Mais sa vie politique sera-t-elle réellement finie s'il est destitué de son mandat de sénateur ?



Il sera inéligible pour plusieurs années et il a quand même 77 ans. Je veux bien qu'il ait une très bonne santé, mais ce sera difficile pour lui d'être candidat dans une prochaine législature. L'autre option serait de jouer le leader extérieur, comme Bepe Grillo, qui ne siège pas au Parlement. On avait aussi évoqué la possibilité que sa fille, a l’instar de Marine Le Pen reprenne le flambeau. Mais tout cela reste hypothétique.


 

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