ANALYSES

Élections au Honduras: «Un tripartisme a émergé des urnes»

Presse
4 décembre 2013
Interview de Jean-Jacques Kourliansky, chercheur à l’IRIS, par Louise Michel D.

Plus de 5000 partisans à la candidate de gauche à l’élection présidentielle au Honduras, Xiomara Castro, sont descendus dans la rue dimanche 1er décembre pour contester le résultat des élections et exiger un recompte des bulletins de vote. Le candidat de droite, Juan Orlando Hernandez, a été donné gagnant avec 36,8% des voix, soit 8 points d'avance sur son adversaire politique, l’épouse de l’ex-président Manuel Zelaya, écarté par un coup d’Etat en 2009. Jean Jacques Kourliandsky, chercheur à l’Iris et spécialiste de l’Amérique centrale et latine, nous éclaire sur la situation post-électorale au Honduras.


Le tribunal électoral a déclaré que la victoire de Juan Orlando Hernandez était «irréversible». Que réclament aujourd’hui les partisans de la candidate du parti Liberté et Refondation (gauche), Xiomara Castro ?



Ils contestent le résultat et signalent qu’il y aurait eu des manipulations ou des fraudes. Ces contestations de résultats des élections sont de plus en plus fréquentes en Amérique Latine, quel que soit le vainqueur d’ailleurs: il y a eu des contestations par la gauche au Mexique, et par la droite au Venezuela. Les difficultés liées au scrutin surviennent dans les pays où les résultats sont extrêmement serrés, comme c’est le cas aujourd'hui au Honduras dans le cadre des élections présidentielle et législative. Les résultats du parti Liberté et Refondation (LIBRE) de Xiomara Castro sont tout de même extrêmement élevés, puisqu’elle a obtenu presque 30% des suffrages. 


Enrique Ortez Sequeira du Tribunal suprême électoral (TSE) a déclaré que ces élections étaient « les plus surveillées de l’histoire démocratique du pays ». Au total, 750 observateurs internationaux étaient sur place. Dans ces conditions, le scrutin a-t-il vraiment pu être entaché de fraudes ?



C’est difficile à dire dans un pays où les conditions de vote ne sont pas les mêmes de celles que nous connaissons en Europe. Des observateurs étaient effectivement sur place, et il y a eu une reconnaissance des résultats par les pays voisins, et ce, quelles que soient leurs orientations idéologiques. Les résultats de l’élection ont été salués par les chefs d’Etat du Guatemala, de Panama – qui sont à droite – et du Nicaragua,  à gauche.


La situation actuelle au Honduras annonce-t-elle une recrudescence des tensions dans l'un des pays les plus pauvres et les plus violents du continent ?

La tension n’a jamais cessé au Honduras, l’un des pays les pauvres en Amérique centrale et qui enregistre le taux d’homicides le plus élevé des Amériques. Il y a des contestations permanentes. Le courant que représentait le président Manuel Zelaya,  écarté à la suite d’un coup d’Etat en juin 2009, n’a pas empêché la consolidation de forces progressistes au Honduras qui a dépassé l’un des grand parti traditionnel de ce pays : le parti libéral. Les résulats qu’a obtenus Xiomara Castro, l’épouse de l’ex-président hondurien Zelaya sont surprenants – même s’ils sont contestés - si l’on prend en compte le fait que son mari avait été écarté par un coup d’Etat, et signalent qu’une force nouvelle arrive en deuxième position devant l’un des deux grands partis honduriens : le parti libéral.


Ces élections marquent-elles la fin du bipartisme au Honduras ?  



C’est une sorte de tripartisme qui semble être sorti des urnes, avec l’un des partis traditionnels – le parti national (droite)  -en tête avec 36-37% des suffrages exprimés, suivi du parti Libre, un parti progressiste, qui a pratiquement atteint les 29%, puis de l’autre parti traditionnel, le parti libéral avec 20% des voix.  Ce qu’il faut noter, c’est que le parti du Président n’aura pas la majorité parlementaire et de loin, puisqu’il n’a que 47 sièges sur 128, ce qui laisse une marge de manœuvre à l’opposition.


Quatre ans après le coup d'Etat, l'ex-président Manuel Zelaya appelle les Honduriens à descendre dans la rue pour contester les résultats des élections. Peut-on imaginer une mobilisation massive comparable à celle de juin 2009 ?



Nous sommes dans un autre contexte : comme toujours après des moments d’intensité, de crise, et de violences, la population cherche plutôt à trouver des formes de compromis, de consensus… Il reviendra au Président élu d’essayer de construire ce dialogue auquel d’ailleurs il va être contraint puisqu’il n’a pas de majorité au Parlement. Cela ouvre la voie à une autre manière de faire de la politique. Il faut maintenant que le parti vainqueur et celui arrivé en deuxième position arrivent à surmonter les difficultés d’acceptation du résultat des élections.

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