ANALYSES

Ukraine : « On peut imaginer différents scénarios de partition »

Presse
27 février 2014

Alors que le nouveau pouvoir pro-européen tente de s'organiser à Kiev, les manifestants pro-russes, notamment en Crimée, espèrent que Moscou, qui vient de lancer une inspection de ses troupes positionnées près de l'Ukraine, va réagir. Philippe Migault, Directeur de recherche à l'IRIS, décrypte pour Metronews l'instable dossier ukrainien et ses nombreuses questions.


Comment interpréter la revue d'effectifs à laquelle procède actuellement la Russie à la frontière ukrainienne ?



C'est quelque chose que les Russes font très régulièrement et qui relève plus de la gesticulation qu'autre chose. Je pense qu'il n'y a aucune inquiétude à avoir de ce côté-là.


Le secrétaire d'Etat américain, John Kerry, a néanmoins mis en garde Moscou contre toute intervention militaire en Ukraine...

Mais de quoi se mêlent les Américains ? L'Ukraine n'est pas membre de l'Otan malgré les efforts déployés par les Etats-Unis en ce sens depuis des années.


Les Etats-Unis ont-ils les mêmes intérêts que l'Union européenne vis-à-vis de l'Ukraine ?



Sur le fond oui, mais pas sur la forme. Les Américains veulent attirer l'Ukraine dans l'Otan de manière à repousser le plus loin possible l'influence russe en Europe centrale et orientale. De leur côté, les Européens adoptent une stratégie économique en tentant de s'opposer à l'entrée de l'Ukraine dans l'union douanière russe. Car cela donnerait corps au grand projet de Vladimir Poutine de reconstituer un grand ensemble géopolitique à l'ouest de l'Europe susceptible de contrebalancer le poids de l'Europe sur le continent.


Pourquoi la Crimée connaît-elle un regain de tensions aujourd'hui ?



Les Ukrainiens du sud et de l'est du pays se rendent compte qu'il y a une vacance totale du pouvoir à Kiev et que ceux qui ont été placés aux affaires désormais sont tenus de rendre des gages aux contestataires de Maïdan, parmi lesquels certains sont extrêmement russophobes. Dans ce contexte, l'inquiétude de très nombreux russophones ukrainiens est forte, comme en Crimée, dont l'identité est russe.


L'opposition entre pro-européens et pro-russes peut-elle aboutir à une scission de l'Ukraine, dans des régions comme la Crimée par exemple ?



On peut tout à fait imaginer différents scénarios de partition. Mais avant de se projeter sur une hypothétique scission du pays, il faut savoir qui aura le pouvoir en Ukraine et ce qu'il va en faire. Pour l'instant, l'avenir est très difficile à lire étant donné qu'on ne sait pas vraiment qui va diriger à Kiev. Combien de temps va durer ce gouvernement, qui va devoir prendre des mesures impopulaires sachant que l'Ukraine est ruinée ?


Justement. Qui va prêter de l'argent à l'Ukraine, selon vous ?



Le FMI, à qui l'Ukraine doit déjà de l'argent, demandera vraisemblablement une cure d'austérité drastique à Kiev. Au vu de la situation économique du pays, cela le plongerait sans doute un peu plus dans la crise. Mais l'Ukraine a également une dette vis-à-vis de la Russie. Dans ces conditions, si Kiev tourne le dos à la Russie, Moscou risque de lui présenter la facture.


Un compromis peut-il émerger entre les grandes puissances pour soutenir l'Ukraine ?



Je pense qu'un compromis pourra se dessiner quand on saura qui est au pouvoir et quelles sont les orientations politiques et économiques du nouveau gouvernement.


La Russie apparaît en position de force dans le cadre de négociations internationales pour sortir le pays de la crise...



Le premier débouché pour l’économie ukrainienne, c'est la Russie. A ce titre, Moscou a plus d’arguments à faire valoir que l'Union européenne. Et bien entendu, la Russie est dans sa zone d'influence, nettement plus que Washington.


 

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