ANALYSES

Ukraine: Jusqu’où Poutine peut-il aller?

Presse
3 mars 2014
Philippe Migault, directeur de recherche à l’Iris et spécialiste de la Russie, clarifie les rôles de chacun…

Entre menaces d'isolement et main tendue, l'Occident cherchait ce lundi une solution diplomatique au conflit émergent avec Moscou. La Russie, se retrouve accusée par l'Ukraine d'avoir choisi la guerre, alors que des commandos armés pro-russes ont pris le contrôle de la Crimée. Moscou a désormais un «contrôle opérationnel complet» sur la Crimée, estime à Washington un responsable américain. Les Etats-Unis ont annoncé ce lundi qu'ils demandaient l'envoi «immédiat» en Ukraine d'observateurs de l'OSCE pour tenter de «veiller au respect de l'intégrité territoriale». Philippe Migault, directeur de recherche à l’Iris et spécialiste de la Russie, explique à 20 Minutes qui a les cartes en main pour faire évoluer pacifiquement la situation…


La situation actuelle en Crimée peut-elle dégénérer?



Pour l’instant, les événements sont circonscrits à la Crimée, une zone russophone. Beaucoup de choses vont dépendre des autorités ukrainiennes en place à Kiev dans les semaines à venir. Si les néonazis et les ultranationalistes continuent de maintenir l’ordre dans les rues et les bâtiments officiels et si le gouvernement n’a pas d’autorité, alors les populations du Sud et de l’Est vont prendre peur. Au vu du nombre d’Hôtels de ville qui arborent d’ores et déjà le drapeau russe, on est déjà au-delà du seul cas de la Crimée. Soit le gouvernement fait le ménage, notamment sur le Maidan et offre des garanties, soit ça va s’agiter chez les pro-russes et les forces armées russes pénètreront en Ukraine, au-delà de la Crimée.


Le Président de la Fédération de Russie, Vladimir Poutine, outrepasse-t-il ses prérogatives?



Il y a eu dans le monde des précédents très regrettables, comme nos interventions en 1999 au Kosovo, l’entrée des Etats-Unis en 2003 en Iraq ou encore aujourd’hui l’utilisation de drones au Yémen ou en Somalie. Il faut d’abord commencer par respecter soi-même les principes de souveraineté nationale avant de demander à la Russie de les appliquer. En l’occurrence, cela me paraît difficile de la part des Etats-Unis de demander cela à Vladimir Poutine. Mais le président russe n’a aucun intérêt à aller plus loin qu’en Crimée. Il avance ses pions, mais il a accepté le dialogue avec la chancelière allemande Angela Merkel. La situation est sous-contrôle, en attendant un signe fort du gouvernement ukrainien.


Vladimir Poutine risque-t-il l’isolement?



Quel isolement? La Russie a dans son camp les Bricas (Afrique du Sud, Brésil, Russie, Inde et Chine). Au contraire, elle est loin d’être isolée économiquement. A-t-on même les moyens de cet isolement? D’éventuelles sanctions de la part des Européens reviendraient quasiment à se tirer une balle dans le pied. Enfin, la situation est compliquée car l’Ukraine n’est ni un membre de l’Otan ni de l’Union européenne (UE) et il faut bien respecter le «droit des peuples à disposer d’eux-mêmes».

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