ANALYSES

Turquie : Erdogan veut « refermer le couvercle sur la société »

Presse
30 avril 2014
Comment expliquer l'attitude du Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan qui, après avoir interdit Twitter, vient d'ordonner le blocage de Youtube?



Parce que le gouvernement est de plus en plus sous la pression des réseaux sociaux qui distillent chaque jour, depuis la mi-décembre, des révélations sur la corruption et maintenant sur une éventuelle opération militaire en Syrie. Si elles sont avérées, ces dernières fuites sur une conversation à laquelle aurait participé le ministre des Affaires étrangères et le chef des services de renseignements montrent d'ailleurs le degré d'infiltration des "Gülenistes" (la très influente confrérie de Fethullah Gülen) dans l'appareil d'Etat. 


Peut-il réussir ?



La Turquie est l'un des pays au monde où on utilise le plus Twitter. La réaction des internautes après la décision de bloquer le site de microblogging a montré que ces tentatives sont vaines.


Cette tentative de reprise en main ne se limite pas aux médias...



Erdogan espère sortir de ce bras de fer la tête haute. Il est dans une logique de polarisation, une véritable fuite en avant. Il imagine qu'il va pouvoir refermer le couvercle sur la société turque. Mais il est coupé de la réalité du pays. Il se pare de la légitimité conférée lors des dernières législatives, où son parti, l'AKP avait obtenu 49,3% des voix. Cette légitimité -que personne ne lui conteste, pas même les jeunes qui manifestaient à propos du parc Gezi l'été dernier- lui donne le droit, pense-t-il, de tout décider. Cette dérive est inquiétante. Erdogan met en cause l'Etat de droit en Turquie.


La crise récente et la crispation sur les réseaux sociaux peuvent-elle avoir des conséquences lors des municipales, dimanche?



C'est presque impossible à prévoir. Certains sondages lui donnent un score de 40%, mais aucun de ces instituts n'est réellement indépendant. Pour autant, le Premier ministre dispose encore d'une base sociale et électorale forte. La Turquie reste un pays conservateur. L'AKP a certes contribué à bouleverser le mode de fonctionnement de la société, et pas seulement dans les grands centres urbains. Mais ces changements peuvent aussi entrainer une réaction de repli dans une partie de la population.


Depuis le début de la crise en décembre, en tout cas, il y a eu très peu de démissions au sein de l'AKP. Erdogan bénéficie par ailleurs de la faiblesse de l'opposition. Elle a été incapable de tirer profit de la contestation de l'été dernier, incapable de proposer une alternative. Quant aux "Gülenistes", pas sûr que leur pénétration dans l'appareil d'Etat se traduise dans les urnes. Ils ont donné des consignes de votes variables d'une ville à l'autre, ce qui rend d'autant plus complexe toute tentative de prévision. Enfin il ne faudra pas mesurer ces résultats seulement à l'aune des dernières législatives mais aussi à celles des dernières élections locales, il y a six ans, où son parti avait obtenu 38% des suffrages. Un score de 40% pourrait dont être considéré par Erdogan comme une carte blanche.


 

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