ANALYSES

L’Afghanistan est-il sorti de la crise politique ?

Presse
23 septembre 2014

Analyse de Karim Pakzad, chercheur à l’Institut des relations internationales et stratégiques (Iris).


« En juin dernier, les électeurs se sont mobilisés en masse pour l’élection présidentielle, contrairement aux inquiétudes de la communauté internationale. Le candidat Abdullah Abdullah a terminé en tête, avec 45 % des suffrages, loin devant Ashraf Ghani (31,6 %).


Après le premier tour, les candidats éliminés ont apporté leur soutien à Abdullah Abdullah qui aurait dû faire, sur le papier, au moins 65 % des voix.


Déjouant les pronostics, la commission électorale a assuré avant la proclamation définitive des résultats qu’Ashraf Ghani l’emporterait avec 55 % des voix. Très vite, les États-Unis et le gouvernement ont laissé entendre qu’ils approuveraient ce score.


Ashraf Ghani a le soutien des Américains et des Européens, lesquels estiment que seul un membre de l’ethnie pachtoune, majoritaire en Afghanistan, peut diriger le pays et faire la paix avec les talibans.


Accord de partage des pouvoirs


Contestant la validité du scrutin, Abdullah Abdullah ne s’est pas laissé faire. Sa menace de mettre en place un gouvernement-bis a effrayé la communauté internationale qui redoute le déclenchement d’une nouvelle guerre civile.


Les États-Unis ont alors usé de tout leurs poids pour trouver un compromis ménageant les deux camps?: la présidence à Ashraf Ghani et un poste créé ad hoc de chef de l’exécutif, l’équivalent d’un premier ministre, à Abdullah Abdullah.


Cet accord aboutit de fait à un partage des pouvoirs, aussi bien des postes de ministres que de hauts fonctionnaires dans la police et la justice. En dépit des incertitudes, ce gouvernement d’union nationale peut fonctionner durant les deux prochaines années.


mener des négociations avec les talibans


Les deux têtes de l’exécutif dépendent de l’argent des donateurs étrangers et sont d’accord sur l’essentiel?: mener des négociations avec les talibans, signer l’accord de la sécurité avec les États-Unis sur le maintien de soldats américains après 2014…


Évidemment, cet accord de partage de pouvoir signé sous la supervision de l’ONU et des États-Unis n’a rien de démocratique. Les partisans des deux camps accusent la communauté internationale de leur avoir volé la victoire.


Les électeurs sont mécontents et le disent sur les réseaux sociaux. Ces élections auraient pu déboucher sur la naissance d’un processus démocratique. C’est un rendez-vous manqué. » 

 

Sur la même thématique
La politique arabe de François Hollande
La menace djihadiste