ANALYSES

Ecosse : le « NO » à l’indépendance, et après ?

Interview
19 septembre 2014
Le point de vue de Olivier de France
Comment peut-on interpréter cette victoire du non ?

Il est important de noter que la victoire du « non » s’est faite sur une marge qui est moins étroite que ce que les sondages de ces deux ou trois dernières semaines laissaient croire, même si, malgré tout le battage médiatique, il n’y a guère eu qu’un sondage donnant le camp du « oui » vainqueur. Cette victoire avec 55% des voix est finalement assez marquée. Ce qu’il faut surtout retenir, c’est cette participation historique (à un niveau jamais encore atteint au Royaume-Uni) des Ecossais, qui a atteint 84%. Il y a donc eu un vrai débat, une vraie participation citoyenne sur des questions lourdes portant sur le modèle social, la gouvernance économique et une victoire décisive du camp du « non »

Quelles conséquences va avoir ce référendum sur le futur de l’Ecosse ?

Il y aura indéniablement des conséquences à court, moyen et long termes au niveau de l’Ecosse et du Royaume-Uni mais également au niveau de l’Union européenne toute entière. On a en effet évité le scénario du pire qui aurait pu se décliner ainsi : le « oui » l’emporte, l’Ecosse poursuit sa route vers l’indépendance, David Cameron démissionne, le débat à Westminster se réduit à un débat entre la droite (les Tories) et l’extrême-droite (le Ukip) puisque les députés (majoritairement travaillistes) écossais de Westminster n’auraient plus voix au chapitre. Aucun dirigeant travailliste n’aurait désormais pu obtenir la majorité au Parlement et ainsi devenir Premier ministre. Sans le vote écossais, le Royaume-Uni aurait vraisemblablement quitté l’Union européenne au référendum de 2017. Ce scénario catastrophe a heureusement été évité.
Ce vote aura cependant des conséquences extrêmement lourdes et va changer la face du Royaume-Uni. Tout d’abord, Cameron a promis la « dévolution maximale », c’est-à-dire le transfert de pouvoirs vers le Parlement écossais de compétences en matière fiscale et de sécurité sociale. Les modalités de cette dévolution sont cependant encore en négociation, les principaux partis écossais n’étant pas encore tombés d’accord sur ces dernières. L’Ecosse garderait le bénéfice du bonus de 19% en termes de dépenses publiques : aujourd’hui, le gouvernement britannique dépense 19% de plus par habitant en Ecosse que dans le reste du Royaume-Uni.
Au niveau européen, le débat écossais a crédibilisé l’hypothèse du référendum pour l’autonomisation des régions en Europe. Cependant, la victoire du « non » peut peut-être éviter dans les années à venir la prolifération étatique qu’on aurait pu connaître si le « oui » l’avait emporté.

Afin de reconquérir une partie des électeurs, les grands partis britanniques ont promis une plus large dévolution au profit du Parlement écossais. Ne risque-t-on pas de voir le Pays de Galles et l’Irlande (voire l’Angleterre) en demander tout autant, au risque de fragiliser un peu plus l’union de ces régions ?

Dans son discours de ce matin, David Cameron a très clairement laissé entendre que le processus de dévolution s’appliquerait aux quatre nations constitutives du Royaume-Uni : à l’Ecosse, au Pays de Galles, à l’Irlande du Nord et même à l’Angleterre. On peut ainsi supposer que les autres régions demandent un bonus similaire au bonus de 19% des Ecossais. La question du West Lothian risque également de ressurgir. En effet, au parlement britannique (Westminster), les députés élus en Ecosse et au Pays de Galles ont voix au chapitre sur des questions ne concernant que les Anglais alors que l’inverse n’est pas vrai. Par conséquent, certains députés, dont Nigel Farage (le leader du Ukip), souhaitent que l’Angleterre se dote de son propre parlement qui légifèrerait sur les questions anglaises sans intervention des députés des autres régions du royaume. Enfin, on peut imaginer que les grandes villes britanniques demandent à leur tour davantage de pouvoir ; on peut ainsi penser au cas de Londres qui crée une grande part de la richesse du Royaume-Uni, ce qui conduirait les autorités centrales à conférer plus de pouvoir local aux grandes métropoles.
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