ANALYSES

Vers la paix en Ukraine ?

Interview
25 juin 2014
Le point de vue de Philippe Migault
Bien que Petro Porochenko ait décrété un cessez-le-feu unilatéral d’une semaine des troupes ukrainiennes, les échanges de tirs se sont poursuivis et les rebelles ont d’abord rejeté le cessez-le-feu provisoire avant de l’accepter lundi. Dans ce contexte, peut-on raisonnablement fonder quelque espoir de réussite sur le plan de paix proposé par Kiev ? L’appui de Moscou à ce plan peut-il réellement peser dans la décision des rebelles ?

Petro Porochenko a fait un premier pas et Vladimir Poutine vient d’en faire un autre en demandant à la Douma de retirer le texte autorisant une intervention militaire russe en Ukraine. Il s’agit d’un geste de bonne volonté vis-à-vis de Petro Porochenko et du plan de paix. La question maintenant est de savoir si, sur le terrain, le cessez-le-feu peut être respecté. Cela s’avère très difficile car ce cessez-le-feu doit s’appliquer à des armées irrégulières, des troupes qui ne sont pas toutes gouvernementales, que ce soit du côté des séparatistes ou du côté des forces soutenant le gouvernement ukrainien. Un certain nombre d’éléments qui se sont engagés dans la garde nationale ukrainienne sont des militants de partis d’extrême-droite. Ce ne sont pas des militaires. Or il est extrêmement difficile de contrôler des gens qui ne sont pas des professionnels dans des contextes où les autorités qui sont censées les diriger ne sont nécessairement reconnues comme légitimes par tous.

Les Occidentaux accusent la Russie d’armer en sous-main la rébellion pour déstabiliser cette l’Ukraine, ce dont Moscou se défend. Qu’en est-il ? La Russie aurait-elle armé les rebelles afin de peser plus dans les négociations de paix ?

Ce qui est certain c’est qu’il y a sur le terrain en Ukraine des armes de toutes provenances. Il s’agit aussi bien d’armes qui ont été dérobées à l’armée ukrainienne – car un grand nombre de soldats ukrainiens ont déserté avec armes et bagages, soit pour rejoindre les séparatistes ou certaines milices favorables au gouvernement Porochenko –, que d’armes qui viennent de l’étranger. Mais le reproche qui est fait à la Russie de s’ingérer en armant les séparatistes peut aussi être fait aux Occidentaux qui soutiennent les troupes de Porochenko. Ce n’est donc pas si simple.

Dans quelle mesure le gouvernement de Petro Porochenko contrôle-t-il le pays ? Quelle est la situation des républiques autonomes créées à l’Est et quel avenir ont-elles ?

Tout d’abord les républiques autonomes de Donetsk et Lougansk viennent d’annoncer leur fusion et n’en forment donc plus qu’une. Il est extrêmement difficile de se prononcer sur la question de leur avenir dans la mesure où, si nous savons qu’elles ont fait sécession de l’Ukraine et réclament pour le moment leur rattachement à la Russie, nous ne savons pas quelle est la situation qui va prévaloir sur le terrain à court et moyen terme, or c’est la situation militaire qui va dicter la suite des événements. C’est l’évolution des combats qui déterminera le contrôle que le gouvernement de Petro Porochenko aura sur l’Ukraine. Hors l’Est ukrainien la majeure partie du pays est sous un contrôle total ou relatif. Je dis relatif car nous ne pouvons pas exclure que dans les semaines ou les mois qui viennent, en fonction des événements qui auront lieu dans l’Est ukrainien, de nouveaux mouvements autonomistes aient lieu dans des villes comme Kharkov, Dnipropetrovsk, Zaporojie ou Odessa.
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