ANALYSES

Ukraine : comment la Russie s’adapte-t-elle aux sanctions internationales ?

Interview
30 avril 2014
Le point de vue de Philippe Migault
La population russe soutient-elle Vladimir Poutine dans le dossier ukrainien ?
Si l’on s’en réfère au dossier de la Crimée, on peut considérer que l’opinion publique russe appuie massivement le Kremlin dans le dossier ukrainien. Toutefois je pense que le dossier de l’Ukraine de l’Est est différent de celui de la Crimée. Le soutien populaire, me semble moindre sur le dossier de l’Est-ukrainien que sur la Crimée, parce que ce sont des provinces moins identifiées comme appartenant à la Russie, la densité de population d’origine russe et russophone étant moindre qu’en Crimée. Dans les faits cependant les régions de Kharkov, Lougansk, Donetzk… ont elles aussi appartenu à la Russie pendant des siècles et les Russes en sont bien conscients. Et même s’il me semble que la « mobilisation » de l’opinion publique russe est moindre, je pense qu’elle reste très majoritairement derrière Vladimir Poutine, ne serait-ce que pour une raison simple : l’union sacrée se fait dès qu’il s’agit de s’opposer aux Etats-Unis et aux Occidentaux.

Justement, les Etats-Unis et les Européens ont publié un nouveau round de sanctions ce lundi. Sont-elles pertinentes ? Comment la Russie s’y adapte-t-elle ?
Je pense que pour l’instant ces sanctions restent de l’ordre du symbole et de l’hypocrisie. On décrète qu’un certain nombre de personnes sont dans le collimateur des Etats-Unis et de l’Union européenne mais ce n’est que de l’affichage. Je pense notamment à monsieur Tchemezov, patron de Rostekhnologiï et proche de Vladimir Poutine, qui est sur cette liste : nous continuons quand même à collaborer avec son groupe à travers toute une foule de programmes, que ce soit les Français ou d’autres Etats européens. Cela reste de la gesticulation, pour l’instant il n’y pas d’impact réel, ce qui est bien compréhensible dans la mesure où un affrontement véritable n’est dans l’intérêt de personne.

Du côté ukrainien, on a annoncé l’arrêt des exportations d’armement vers la Russie. Quels sont les enjeux de part et d’autre ?
Ce qui est certain, c’est que la Russie va beaucoup moins souffrir de la rupture des relations militaro-industrielles avec l’Ukraine que celle-ci. La base industrielle et technologique de défense de l’Ukraine sera très lourdement impactée, parce que la Russie est le principal débouché commercial de l’industrie de défense ukrainienne et parce qu’une bonne partie des technologies dont l’industrie de défense ukrainienne a besoin pour produire est importée de Russie. S’il y a rupture entre les deux pays, ce sera la mort annoncée, à moyen terme, de la majeure partie de la BITD ukrainienne. La Russie, je pense, a quant à elle les moyens de trouver des dispositifs de substitution.

Y a-t-il un risque de conflit entre l’Ukraine et la Russie ?
Il y a davantage, me semble-t-il, un risque de conflit infra-étatique, c’est-à-dire d’une guerre civile sur le territoire ukrainien, si demain les autorités de Kiev faisaient tirer sur les partisans de la Russie dans l’Est de l’Ukraine. Pour autant, l’éclatement d’un conflit interétatique engageant la Russie et d’autres Etats me semble quelque chose de relativement difficile à concevoir.
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