ANALYSES

Ukraine : quels sont les scénarios de sortie de crise possibles ?

Interview
4 mars 2014
Le point de vue de Philippe Migault
Suite à la décision de la Russie d’envoyer ses troupes en Crimée pour protéger les citoyens russes qui y vivent, nombreux sont les médias occidentaux à agiter le spectre d’une guerre en Ukraine. Qu’en est-il d’après vous ?
Je pense que pour l’instant le risque d’une guerre est extrêmement limité. D’une part, parce que les opérations engagées par l’armée russe en Crimée ont été réalisées sans tirer un seul coup de feu et sans qu’il y ait un seul blessé. D’autre part, parce que l’armée russe qui était en manœuvre à la frontière orientale de l’Ukraine a terminé ses manœuvres et est retournée dans ses casernes. Cependant, on ne peut absolument pas écarter le fait que des affrontements sporadiques aient lieu entre ultra-nationalistes ukrainiens et membres de la communauté russophone d’Ukraine dans le mesure où celle-ci est extrêmement inquiète quant aux possibles agissements de ces extrémistes, qui sont largement hors du contrôle des autorités ukrainiennes actuelles.

Depuis le renversement du président Ianoukovitch, l’Ukraine est entrée dans une phase de transition politique. Aussi, la tenue d’élections présidentielles anticipées est désormais présentée comme la solution à la crise ukrainienne. Que peut-on réellement attendre de ces élections ?
J’ai bien peur que ces élections n’apportent pas de véritable solution dans la mesure où si nous avons affaire à un processus démocratique réel, une fois de plus, on assistera vraisemblablement à une fragmentation extrêmement importante de l’électorat ukrainien. Celui-ci compte tenu des récents évènements se divisera probablement suivant des lignes de fracture culturelles et linguistiques mais devra aussi faire son choix parmi un personnel politique peu attractif. Les hommes issus de l’administration Ianoukovitch comme leurs prédécesseurs du cabinet Timoshenko se signalent tous par un niveau de corruption qui a été une des causes de la révolte sur fond de banqueroute économique. En dehors d’eux qui avons-nous : Les Communistes ? Klitschko qui a conquis sa fortune avec ses poings mais n’a pas pour autant l’étoffe d’un chef d’Etat ? Ou les néo-nazis gravitant autour de Svoboda ? Difficile de trouver un Président respectable puis de lui donner une majorité à la future Rada. Du moins peut-on attendre de ces élections qu’elles ramènent définitivement l’ordre à Kiev, qu’elles permettent de chasser des rues les ultra-nationalistes et qu’elles fournissent un interlocuteur à la communauté internationale, ce qui fait défaut pour l’instant.

Cette crise a mis en lumière de véritables fractures au sein de la société, notamment au niveau géographique, laissant craindre un éclatement de l’Etat ukrainien. Du point de vue géopolitique, quels sont les scénarios envisageables ?
En ce qui concerne l’éclatement de l’Etat ukrainien, ce n’est pas une fatalité mais on peut envisager plusieurs options. On peut imaginer une option toute simple qui est celle d’une autonomie accrue de la Crimée pouvant aller jusqu’à la sécession avec, par conséquent, une déclaration d’indépendance de celle-ci. On peut aussi envisager un scénario plus grave avec l’Est de l’Ukraine qui ferait sécession, voire l’Est et le Sud-Ouest de l‘Ukraine qui sont des zones russophones et plutôt « russophiles », contrairement à l’Ouest et au Centre. Enfin, on peut imaginer un dernier scénario qui est celui d’une Ukraine fédérale.
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