ANALYSES

Loi de programmation militaire : quelles conséquences ?

Interview
11 octobre 2013
Le point de vue de Jean-Pierre Maulny
La loi de programmation militaire (LPM) 2014-2019 devrait entériner des coupes importantes dans le budget défense de la France, comme l’avait déjà présenté le Livre Blanc 2013. Pensez-vous que cela ait un impact négatif sur le moral des armées ?

En réalité, le budget sera maintenu pour la période 2014-2017, sans prise en compte de l’inflation toutefois, suivi d’une légère augmentation sur la fin de la période, mais il faut bien parler de budget contraint dans une période d’économie budgétaire.
Par rapport à la question du moral des armées, il y a deux facteurs à prendre en considération.
D’une part, il y a une inquiétude des armées concernant le matériel militaire dont elles pourront disposer et des jours d’entraînement qui seront prévus, mais également il existe des craintes au regard de la condition de vie des militaires en général.
D’autre part, l’annonce des 24 000 suppressions d’emplois supplémentaires, lesquelles succèdent aux 54 000 de la dernière loi de programmation militaire, est assez lourde à supporter pour les armées. L’effort porte notamment sur la réduction du nombre d’officiers afin de limiter la masse salariale, objectif qui n’avait pas été atteint lors de la loi de programmation militaire précédente

Quelles seront les conséquences de cette LPM sur l’industrie de défense française, notamment en matière d’exportation et de coopération à l’échelle européenne ?

Sur les exportations, il y a une volonté très forte de développer les exportations d’armement afin de limiter les effets de la baisse des commandes militaires. Le meilleur exemple est probablement celui du Rafale puisque seuls 26 seront commandés dans la prochaine LPM, ce qui est insuffisant par rapport à la cadence optimale de la chaîne de montage de Dassault. L’espoir réside donc dans le fait que la baisse des commandes de l’Etat sera compensée par des exportations et notamment par la réalisation du contrat avec les Indiens, voire avec le Qatar.
En ce qui concerne la coopération européenne, c’est un sujet qui est pour l’instant un peu en suspens. En effet, il n’y a pas eu de coopération en matière d’armement depuis le début des années 2000 donc depuis le programme d’avion de transport A400M – qui entre d’ailleurs aujourd’hui en service – et le missile air-air Meteor . Cela est très dommageable dans le sens où cela n’aide pas à consolider l’industrie de défense dans un cadre européen. Il serait intéressant que puissent se mettre en place les conditions pour qu’un drone militaire de reconnaissance, possiblement armé, soit réalisé en coopération par les Européens et que ce programme soit, sur le principe, lancé rapidement.

Quelles seront les conséquences de la LPM sur les moyens d’intervention de la France ?

Dans le Livre Blanc - dont la retranscription sera la LPM –, il est prévu que le contrat opérationnel pour les opérations extérieures soit désormais de 15 000 hommes alors qu’il était de 30 000 hommes avec la précédente LPM. Certes, on peut considérer que c’est une diminution importante. Toutefois, le contrat précédent était sans doute trop ambitieux. Qui plus est, il y a cette volonté affichée de « pouvoir entrer en premier sur un théâtre de conflit », c’est-à-dire, dans le cadre d’une coalition multinationale, de pouvoir peser sur les décisions politiques et militaires et ce grâce à des équipements de haute technologie et des soldats très entrainés. Cette diminution s’inscrit donc dans un souci d’être plus performant : on fera moins mais mieux.
Il convient également d’insister sur le fait que cette LPM va tenter de combler deux des lacunes capacitaires qui existaient en France et qui avaient été constatées lors des interventions au Mali et en Libye : l’absence de drone de reconnaissance – achat des Reaper américains – et d’avions ravitailleurs – lancement du programme MRTT.
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