ANALYSES

Vers une détente de la politique étrangère de l’Iran ?

Interview
25 septembre 2013
Le point de vue de Thierry Coville
Quelles sont les fins de l’ «Opération Séduction » entamée par le président Iranien Rohani ? Peut-elle fonctionner notamment sur Israël et les Etats-Unis ?
Les objectifs de l’Iran n’ont pas vraiment changé depuis la fin de la guerre avec l’Irak car le pays veut toujours asseoir son rôle de puissance régionale. Le régime iranien a décidé au milieu des années 1980 d’abandonner sa politique d’exportation de la révolution et de mener une politique visant à affirmer son rôle de puissance régionale depuis. Sur le nucléaire également, je ne pense pas que les buts recherchés aient vraiment changé. L’objectif est toujours de poursuivre l’enrichissement de l’uranium.
Le tournant majeur est surtout le constat par le nouveau gouvernement que la politique agressive et radicale d’Ahmadinejad a échoué. La méthode a donc changé, Rohani semblant souhaiter une politique étrangère constructive, qui laisse davantage de place à la diplomatie, sans rien céder sur les grands objectifs de la République Islamique d’Iran. Le régime iranien semble avoir compris que pour obtenir ce statut de puissance régionale pour l’Iran, il faut passer par une reprise des relations avec les Etats-Unis. A cela s’ajoute tout de même que Rohani a été élu dès le premier tour. Il y a une attente d’une politique plus ouverte également de manière interne et, à mon avis, les deux vont de pair Le nouveau président iranien semble incarner un tournant en ce sens pour le régime.
Rohani a ainsi été assez habile dans son discours lors de l’Assemblée générale de l’ONU. Le changement de ton notamment par rapport à son prédécesseur est brutal. Les Etats-Unis se sentent donc obligés de répondre, notamment au regard de la situation régionale. La stratégie iranienne a donc permis d’entamer un dialogue avec les Etats-Unis, renforcé par la conjonction de la crise syrienne.
Côté israélien, on observe une méfiance. Le discours officiel consiste à dire que l’Iran cherche à gagner du temps, ce qui est dans leur logique. Mais j’imagine qu’il y a aussi des spécialistes de l’Iran en Israël qui pensent que c’est tout de même a priori positif pour le Moyen-Orient, même si la méfiance demeure clairement.

Alors que les relations entre l’Iran et la France ont souvent été tendues, la rencontre entre Hollande et Rohani marque-t-elle une détente ?
C’est encore trop tôt pour le dire, mais déjà le fait que la rencontre ait eu lieu est important et marque une rupture.
Contrairement aux Etats Unis la France avait repris les relations avec l’Iran après la guerre avec l’Irak, au début des années 1990. Une relation, avec certes des hauts et des bas, avait été construite. Les entreprises françaises avaient acquis une part de marché non négligeable dans le marché iranien. Le choix d’une politique néoconservatrice entamée par Sarkozy avait coupé toute relation avec l’Iran à cause du dossier sur le nucléaire. Il est temps de changer de politique, l’élection de Rohani étant une bonne occasion. Tout en gardant en tête que la France a des objectifs différents de ceux de l’Iran, je pense qu’on peut espérer reprendre des relations avec ce pays et ce ne peut être que bénéfique pour la diplomatie française mais également pour les entreprises de l’hexagone. C’est enfoncer des portes ouvertes que de dire que la meilleure façon d’être inefficace dans toute politique au Moyen-Orient est de ne pas avoir de relations avec ce pays.

Un retour de l’Iran sur la scène diplomatique pourrait-il modifier les équilibres internationaux ?
On voit très bien qu’un certain nombre de pays sont préoccupés, notamment les monarchies du Golfe. Cela fait plusieurs mois qu’elles s’inquiètent d’un quelconque rapprochement avec les Etats-Unis. Pour des pays, comme l’Arabie Saoudite cela a toujours été facile, en simplifiant, de se positionner comme le bon élève auprès des Occidentaux et de dire que l’Iran n’est pas fréquentable.
Concernant la Syrie, il y a une incohérence du côté des Etats-Unis et de la France de chercher à trouver une solution politique au conflit syrien tout en empêchant l’Iran de participer aux négociations. L’Iran a clairement un rôle à jouer et doit être intégré aux négociations pour arriver à arrêter la guerre civile en Syrie. Il faut prendre les Iraniens au mot et leur donner la possibilité de jouer le rôle de puissance régionale auquel ils aspirent.
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