ANALYSES

Syrie : les accords de Genève en passe de rétablir la situation ?

Interview
16 septembre 2013
Le point de vue de Pascal Boniface
L’accord élaboré par les Etats-Unis et la Russie concernant le placement des armes chimiques syriennes sous contrôle de l’ONU marque-t-il un retour au multilatéralisme dans la résolution du conflit ?

Il est possible d’envisager que cet accord marque en effet le retour vers un certain multilatéralisme puisque la balle est renvoyée au Conseil de sécurité de l’ONU, évitant de ce fait un relatif unilatéralisme collectif qu’aurait constitué la perspective de frappes sur la Syrie et que vient repousser cet accord.
Toutefois, il existe surtout un fort bilatéralisme dans la mesure où, alors que les protagonistes sont nombreux, c’est un déclic russo-américain qui a permis de revenir vers la table des négociations et de redonner la priorité à une solution diplomatique vis-à-vis d’une solution militaire. En effet, durant le G20, forum multilatéral, rien n’a été décidé. C’est donc un accord entre deux puissances qui donne le signal de départ, ce qui est, pour les partisans du multilatéralisme, considéré comme une mauvaise nouvelle. Mais ce dont on peut se féliciter, c’est que Russes et Américains ont compris qu’il fallait redonner la priorité au Conseil de Sécurité de l’ONU, lequel est désormais en charge d’appliquer cet accord. Par conséquent, dans une certaine mesure, le multilatéralisme reprend l’avantage.
Hollande a affirmé que la menace de l’intervention militaire constituait un coup de bluff qui s’est avéré efficace. Pensez-vous qu’il s’agisse d’une tentative du Président français de se rattraper et d’effacer son isolement, si isolement il y a ?

Force est de constater qu’Obama a demandé l’avis du Congrès pour une intervention militaire sans trop se préoccuper de l’allié français et que, par la suite, Kerry et Lavrov ont fait leur affaire à deux sans réellement prendre en considération les autres. Les faits sont les faits. Les Etats-Unis ont toujours du mal à voir dans leurs alliés des partenaires égaux. Finalement, même si Obama agit de façon moins rude que Bush, il n’en demeure pas moins qu’il continue de donner la priorité au calendrier américain.
Ceci étant, c’est vrai que la France a été en pointe pour brandir la menace des frappes sur la Syrie. François Hollande peut d’ailleurs, sans malmener la vérité, affirmer que cette menace a été un élément important dans le changement de posture des Russes. Finalement, ce schéma est profitable à la France, laquelle est apparue ferme et déterminée en agitant la menace de frappes sans pour autant avoir eu à y procéder, ce qui aurait pu déboucher sur une situation plus inconnue, plus incertaine. A cet égard, l’outil militaire sert aussi à dissuader, à persuader, à contraindre. Depuis Clausewitz, on sait que celui-ci doit être mis au service d’une solution politique.
Le régime de Bachar Al-Assad a salué l’accord de Genève. Pensez-vous que ce soit un signe positif pour la résolution du conflit ?

Oui et non. La question des armes chimiques semble sur le chemin d’une solution, même si elle n’est pas immédiate et que le processus sera encore long. Concernant le dossier chimique la situation ne se dégrade donc plus et s’améliore. Par contre, la situation en Syrie n’a pas bougé. Il y a toujours des exactions de chaque côté bien que les troupes de Bachar Al-Assad en aient tout de même la plus grande responsabilité. Ce dernier peut d’ailleurs en conclure qu’il a gagné du temps en éloignant la perspective de frappes qui ne l’auraient certes pas renversé mais auraient probablement affaibli son dispositif militaire. Sur l’affaire syrienne en tant que telle rien n’est donc réglée et il paraît difficile de distinguer quel pourrait être le cadre d’une solution politique.
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